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Mosaïque Théodore ... n > 0 a:: en _ "i tol ta tol Z " tol t:I > . a:: lOt t:I :;; ~ tol GO .... c::: "
PHILAMINTE : Du grec ! ô ciel ! du grec ! II sait du grec, ma soeur !
BELISE Ah ! ma nièce, du grec!
ARMANDE Du grec! quelle douceur!
PHILAMINTE : Quoi! monsieur sait du grec? Ah ! Permettez, de
c 1/:1 grâce,
Que, pour l'amour du grec, monsieur, on vous
fA embrasse.
ç3/q PHILAMINTE: Monsieur, avec du grec on ne peut gâter rien.
MLf Les femmes savantes, III,v
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'IoTopiaç 1/IUX1l .q àÀ1j8ela.
No part .of this book may be translated or reproduced in any form, by print,
photoprmt, mlCrofùm, or any other means, without written permission from Georges Pachymérès, Relations Historiques, 1,1
the author.
© 1987, by E. de Vries-van der Ve1den
ISBN 90 70265 58 3
Printed in The Netherlands
.,:,-
" MAR 7 1996
AVANT-PROPOS
En offrant ce livre au public je fais remarquer qu'il s'agit d'une
thèse de doctorat qui a été soutenue à la Faculté des Lettres de
l'Université de Leyde. Dans la présente éditionje voudrais exprimer
ma gratitude à tous ceux qui ont bien voulu lire mon manuscrit
et m'ont cordialement appuyée dans mes efforts. Avant tout, je
tiens à remercier Monsieur le Professeur H. Hennephof de Leyde
qui le premier s'est intéressé à mon travail et qui s'est employé à
modérer le ton de mon livre quand l'indignation m'emportait. Ses
connaissances philologiques m'ont été d'un grand secours, d'autant
plus que je suis historienne de formation. Pour son soutien géné
reux, qu'il veuille bien trouver ici le témoignage de ma profonde
reconnaissance.
Amsterdam, le 12e Octobre Eva de Vries-van der Velden
ABBRÉVIA TlONS TABLE DES MATIÈRES
BS Byzantinoslavica Introduction historiographique
BZ Byzantinische Zeitschrift
CAG Commentaria in Aristotelem Graeca, 23 t., Berlin 1882- Chapitre 1
ESSAI BIOGRAPHIQUE 31
1909
Le père de Théodore, Georges Métochite 31
EEB~ 'E1rT€ 1/piç 'ETaLpi€aç BvravTLvwv ~1rovlJwv Aperçu historique 1282-1382 52
JOBG Jahrbuch der Oesterreichischen Byzantinischen Gesell
La jeunesse de Théodore 58
schaft, depuis 1969 JOB
L'ambassade en Cilicie 62
JOB Jahrbuch der Oesterreichischen Byzantinistik
L'ambassade serbe 66
PG Patrologia Graeca, rec. J .-P. Migne
Séjour à Thessalonique. Rappèl à Constantinople 76
PLP Prosopographisches Lexikon der Palaiologenzeit
Le jI.€otirwv 79
REB Revue des Etudes Byzantines
L'insurrection d'Andronic III 92
ZR VI Zbornik Radova Vizan toloskog Instituta
La fin 102
Chapitre Il
LES IDÉES AU SERVICE DE L'INTÉRÉT PERSONNEL lOS
La métaphysique IDS
Introduction 105
Métochite et Aristote 118
Métochite et Platon 137
Conclusion 153
La morale 156
Introduction 156
La TVX1/ dans l'histoire 164
La TVX1/ dans la vie de l'individu 171
Chapitre III
THÉODORE MÉTOCHITE "CRITIQUe LITTÉRAIRE" 185
Chapitre IV
LA POLITIQUE 199
Appendice 1. Théodore de Montferrat 233
Appendice II. Le jI.€otirwv 248
Appendice III. Les richesses de Théodore Métochite 253
Bibliographie 259
Index Nominum 271
vili ill
F
INTRODUCTION HISTORIOGRAPHIQUE
L'oeuvre et la personnalité de Théodore Métochite se sont signalées
d'une manière très particulière à l'attention bienveillante des
byzantinistes depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Indé
pendamment l'un de l'autre H.-G. Beck, I. Sevéenko et H. Hunger
ont commencé à étudier les oeuvres de Métochite et à coucher
par écrit les idées qui leur venaient au sujet de cet auteur byzantin
du 14e siècle. Il est à remarquer que les savants que nous venons
de nommer ignoraient même que des collègues étaient en train
de préparer des études sur le même sujet. Cela veut dire que
Métochite, qui auparavant avait rarement attiré l'attention des
byzantinistes, était dans l'air juste après la deuxième guerre
mondiale, tandis que pendant la période d'avant-guerre personne
ne s'était sérieusement intéressé ni à sa personne ni à ses oeuvres.!
1. Il faut pourtant dire que dès le début des études byzantines on jugeait
Métochite d'une manière positive quand il y avait occasion de parler de lui.
K.N. Sathas fut le premier à traiter en détail ses activités et sa personnalité.
(MB l, Introduction, p. uJ'·pX/;· 1871). Ch. Diehl se fondait largement sur
Sathas dans ses Etudes Byzantines, Paris 1905 (part. Les mosaïques de Kahrié
Djami, p. 396·405). Diehl empruntait par exemple à Sathas l'idée que Méto
chite aurait favorisé une monarchie constitutionnelle (thèse réfutée d'une
manière concluante par D.C. Hesseling dans "Een konstitutioneel keizer
schap", Hermeneus II (1939), p. 89-93). Quand Diehl dit que les thrènes de
Métochite à propos du déclin de l'empire byzantin "ne sont poir,:, comme on
pourrait croire, de simples exercices de rhétorique" (p. 400) il se reporte à
Sathas qui, avant lui, avait interprété ces thrènes comme réaction directe à
la situation politique de l'époque. L'idée que Métochite faisait franchement
et brutalement des reproches à l'empereur à ce sujet, est également basée
sur Sathas (v. notre texte, p. 167 sqq). Ason tour Diehl fut le premier à désigner
Métochite comme "premier ministre" et à le louer comme "homme d'Etat,
savant et philosophe" (p. 397) et "esprit libre". C'est à la même époque
(c'est-à-dire la fin du 1ge siècle) que les byzantinistes de langue allemande
commencent à glorifier Métochite. En 1897 Krumbacher (qui d'ailleurs
7
Il nous semble qu'il nous faut aborder en premier lieu les pu~li conclusions de Beck frappaient néanmoins l'imagination des
. d H -G Beck dont l'influence dans ce nouveau domame
catiOns e . . 48 '1 't . 1 d ., byzantinistes par leur originalité surprenante. On les accepta en
d'études s'est avérée prédominante. En I~ 1 aval mis a ern.lere peu de temps, sauf quelques réserves, et bientôt d'autres savants
mam. ,a son "Habilitationsschrift" intitulede Th. eod1o4r osJ M, he tohc hldte s,t se mirent à les développer en éditant d'autres oeuvres de Métochite,
Die Krise des byzantinischen Weltbi! es ~m " a r un er_ inconnues jusque là.
(publiée à Munich 1952). Dans ce hvre 1 a~teur s est occ~pe Résumons la thèse de Beck: les traités de Métochite. touchant
spécialement des 'T7rop.vT/p.anup.oL l<:al UT/P.ELWUEL, 'Yvwp.LKaL de toutes sortes de sujets, ne doivent pas être considérés simplement
Métochite, qui constituent une collectiOn de M'YoL, un ge~re comme spécimens de la rhétorique traditionnelle. c'est-à-dire
d'essais mi-littéraires, mi-philosophiques. Les Mlscellanea (t~tre comme des exercices verbaux sans profondeur ou portée spécifique.
1a t m· d es 'T7ro,'.w .n/ p.anup.oi que nous reti-en-d-ronds" da'nfs la ds Ud ite) Ils sont bien au contraire le résultat d'une pensée originale et
avaient été édités, mais n'avaient jamais ete etu les a on ans
indépendante, une pensée vécue par un homme d'une grande
leur totalité.' sensibilité. Beck fait ressortir particulièrement l'attitude indé
Métochite, l'homme et l'auteur, sortait des mains de Be~k pendante à l'égard des auteurs grecs de l'Antiquité comme une
comme une nouvelle créature. Son entourage, le monde byzantm
conquête spirituelle de Métochite. Chez lui "(hat) ein gutes Stück
sur son déclin se montrait également sous un aspect tout à fait tijÀo, die sklavische p.ip.T/uLÇ wieder abgelôst3 "Neben der Kritik
nouveau. Il fa~t dire toutefois que Beck se bornait à des considéra
an einzelnen antiken Schriftstellern steht bei Metochites die
tions très générales. Ce qu'il offrait au lecteur, ce furent des para kritische Beleuchtung einzelner historischer Persônlichkeiten ...
phrases imprécises des essais en question, placées dans_ un cadre sowie die Kritik an den griechichen Staatseinrichtungen ... die
très large. L'analyse de détail fait complètement defaut. Les Antike ist hier zum Teil ihres unantastbaren. sakrosankten Charak
ters entkleidet, und das nicht auf Grund iiusserlicher Uberlegung -
aimait parler de "l'humanisme byzantin") est d'avis que Métochite fut "ein
aussergewiihnlicher Mann", mais se borne en général à renseignerle lecteur etwa wegen des heidnisch-christlichen Gegensatzes -. sondem auf
sur les écrits du personnage (Geschichte der byzantlmschen Llteratur I, Grund einer vertieften Einsicht in die Kontingenz jeder mensch
Munich 1897, p. 550-554). Mais voilà qu'en 1899 M. Treu s'exalte. Métochite lichen Verwirklichung. Der Klassizismus dieses Byzantiners verrat
est un "geistig regsame(r) Mann" qui fait preuve de "Natür1ichkeit und mehr Einsicht in das wahre Leben der Antike ais die naive Begeis
Wahrheit (des) Gefü!Ùs", chose rare chez les hommes de son époque et de terung spiiterer Generationen" etc. etc'.
son entourage (Der Philosoph Joseph,BZ 8 (1899), p. 32; il ne peut nier Le genre de problèmes posés dans les Miscellanea. le rapport de
toutefois que la lecture de Métochite est souvent une tâche pénible). Ce fut ceux-ci avec la situation contemporaine à Byzance. le maniement
enfin 1. Strzygowsky, esprit brouillon, qui éprouvait une véritable sympathie individuel de la technique littéraire, tout cela fait l'admiration de
pour Métochite, le louant comme s'il se louait soi-même: "Dieser Theodoros Beck: " ... und schliesslich der echte. persônliche Ton. fast ist man
Metochites, ein selten tief angelegter, künstlerisch empfindender Geist ... "
versucht zu sagen: die existenzie11e Note. welche immer wieder
(BZ 10 (1901), p. 567). Voilà en quelques grandes lignes la préhistoire de la
durchbricht, auch in den hochrhetorischen Monodien. a11 das
mésinterprétation de Métochite. En 1927 R. Guilland avançait comme un
beweist meines Erachtens, dass wir ein Recht haben in den
fait indéniable: "Métochite ... est ... l'un des auteurs les plus grands de la
'T7rop.vT/p.anup.o{ zwar ein auf weiten Strecken formai rhetorisches,
littérature byzantine et le penseur le plus profond, le plus original de l'époque
des Paléologues" (Co"espondance de Nicéphore Grégoras, Paris 1927, p. 369). inhalt1ich aber stark philosophisches, literarkritisches. geschichts
2. Quelques À&yOI isolés avaient été étudiés à cause de leur intérêt pour politisches, ja bekennerisches Werk zu sehen".' Bref, si nous en
la connaissance de la littérature grecque de l'Antiquité. Citons en exemple croyons Beck, aucun auteur byzantin ne nous aurait légué un
J .R. Asmus qui relevait la compétence de Métochite quand celui-ci se pro
nonce sur les rapports de Synesius et de Dion Chrysostome (Synesius und 3. Beek, Theodoros Metochites, p. 75.
Dio Chrysostomos,BZ 9 (1900), p. 85-151). Pour d'autres exemples voyez 4. ibid. p. 71.
notre bibliographie. 5. ibid. p. 23.
2 3
ouvrage comparable aux Misce/lanea, de ~éto~h~te, do~t la v~leur l'orthodoxie. Il aurait eu des idées plutôt païennes en ce qui
est d'ordre universel. Nous senons a meme emmal emer dleser concerne les forces qui déterminent les affaires du monde.
feierlichen und unnahbar fremden byzantinischen Hoheiten die Remarquant que Métochite ne fait jamais mention de la bonté
Hand aufs Herz zu legen".6 et de l'amour de Dieu envers l'homme, Beck conclut quP. dans sa
Que dire de cette exaltation, qui - il faut l'avouer - nous a pensée "Heimarmenè" et "Tychè" ont pris la place de la "Pronoia"
paru suspecte dès le début? Pourquoi, par exemple, Beck s'est il divine. Ainsi le pessimisme de Métochite signifierait "einen Bruch
servi du terme "existenzielle Note" pour faire ressortir l'ampleur mit dem offiziellen Optimismus des überkommenen Weltbildes".
de l'esprit métochitien? Chez Métochite aurait commencé la crise spirituelle et culturelle
Il est vrai que la prose, aussi bien que la poésie de Métochite ne qui aurait atteint dans toute son étendue Demetrios Kydones et
sont pas toujours remplies d'allégresse. Thrènes qui chantent la Georges Gémisthe Pléthon à une époque ultérieure. C'est lui qui le
misère, l'insécurité, la désolation de la vie humaine - plus particu premier aurait mis en doute la valeur suprème de la vie con
lièrement de la vie des rois, des capitaines et des hommes politiques templative, considérée par toute la tradition chrétienne comme la
_ se mêlent aux lamentations à propos du déclin de l'empire vie idéale. 8
byzantin et de la perte de toute civilisation. Tout cela veut dire
que de temps à temps on rencontre chez Métochite les lieux com 8. Beck se trompe pourtant sur les motifs de Métochite. Métochite a
muns marquant la littérature médiévale sur le thème du contemptus défendu le {3io~ "PO-KTIX6~ pour son usage personnel et non pas pour amour
mundi et que Métochite voyait clair dans la situation désespéree de du genre humain comme veut le croire Beck. Nous reviendrons en détail à
l'empire.7 Il faudrait cependant prouver que ces sentiments se cette problématique (Chap. II, p.17l sqq). Remarquons que Métochite n'a
doublaient d'une angoisse intérieure perpétuelle en face de l'Etre et jamais offensé l'opinion officielle au sujet du (3ÙJ<; 8ewpf/T1X0<:. Beek, ne
du Néant pour qu'on puisse à bon droit se servir du terme "exis démordant pas de son idéalisation de Métochite, reste perplexe devant les
textes qui trahissent son manque de sincérité et se tire d'embarras de la
tentiel" au sens actuel du mot. Cependant, Beck ne touche nulle
manière suivante: "Einen wirklichen Ausgleich beider Lebensordnungen
part à ces points subtiles de la philosophie contemporaine. Il
findet er aber nicht ( ... ) Bei aller Vertiefung der Auffassung gegenüber seinen
modernise son personnage à bon compte parce qu'il s'y plaît pour
Vorgiingem fehlt bei ihm doch eine klare Vorstellung der Bestandteile eines
des raisons extra-historiques. De ce péché originel sortent toutes
wabrhaft sittlichen Ak tes, die es ihm ennoglicht hatte, das Problem wirklich
les exagérations, tous les anachronismes, tous les faux jugements, zu losen ( ... ) Wieder einmal wird es hier klar, wie sehr jede ethische Vnter
dont nous énumérons ici les plus flagrants, dans l'espoir que nous suchung in Byzanz labmgelegt wurde infolge des Fehlens ausgebildeter
réussirons dans la suite à ébaucher un portrait de Métochite qui ethischer Grundbegriffe ( ... ) Wenn Metochites auch bei ruhiger Veberlegung
soit plus proche de la réalité. dazu kommt, das Leben in der Welt gegenüber den Vebertreibungen
Notons pour le moment: Métochite aurait nourri un certain manchischer Kreise in Schutz zu nehmen, so bringt ihn diese Veberlegung zu
scepticisme quant à la valeur unique de l'héritage culturel de la Resultaten, vor denen das monchische Leben eigentlich nicht mehr bestehen
Grèce antique. En le comparant aux civilisations d'autres peuples kannte ( ... ) Aehnliches gilt von seiner Einstellung zum musisch-beschaulichen
Leben überhaupt. Neigung und Tradition verbinden ihn mit dieser Lebens
et nations il se serait même familiarisé à l'idée de la relativité des
fonn ... aber die Idee der musischen und religiasen Beschaulichkeit selbst
valeurs culturelles en général. Les assises religieuses de sa concep
erscheint bei Metochites in einer eigenartigen Leere. Seine Begriffe. mit denen
tion du monde et de l'univers se seraient écartées de celles de
er das Phanomen dieses Lebens der Beschaulichkeit umschreibt, sind fast alle
6. ibid. p. 25. rein negativ ... Alles ist in hohem Grad von der Abneigung gegen den (3ÙJ<;
7. En vérité il n'était pas seul panni ses contemporains à posséder cette 1TpaKTIX6~ bestirnmt; es herrscht die acedia, ein allgemeiner Vberdruss
"clairvoyance". Peu d'historiens s'en sont rendus compte, mais voyez 1. gegenüber dem Dasein, die "Weltverfremdung", die angsterfüllte Schwermut.
Sevtenko, The DeclineofByzantium seen through the Eyes of its Intellectuals Es fehlt der Elan ... der "raptus", den jede Mystik kennt, bleibt vollends
dans Dumbarton Oaks Papers 15 (I961), p. 169-186. Il est d'ailleurs curieux Metochites fremd ( ... ) Aber darüber darf die Wichtigkeit der Ausflihrungen
que le nom de Pachymérès ne figure pas dans cet article. V. notre texte, p.160. des Metochites nicht übersehen werden. Der klaffende Widerspruch zeigt
4 s
Métochite n'eut pas les pensées et les sentiments que Beck lui
déterrés par lui-même dans des archives inexplorées. Il peignait
attribue. Aucun homme du Moyen Age n'a pu !es aV?ir. Le Méto
un tableau plein de détails intéressants, et s'abstenait expressément
chite de Beck est un personnage fan~aisist.e, et Il, eslt ~tonnant qUh: de considérations générales, de sorte que le lecteur peut se faire
tous ceux qui se sont occupés de Metochlte apres UI ont marc e
une idée de la carrière de Métochite, des actions de l'homme privé,
sur ces traces. de l'homme politique et du savant bien que Sevéenko n'eut pas
Bien curieux est le cas d'Ihor Sevéenko. En 1949, il présenta à
l'intention d'écrire une biographie.
l'Université de Louvain une thèse, qui ne fut publiée qu'en 1962
Quels sont les faits les plus saillants que nous apprenons?
(dans une version remaniée) et qui s'intitulait alors Etudes sur la
Théodore Métochite fit son entrée à la cour d' Andronic Il en
polémique entre Théodore Métochite et Nicéphore Choumnos,
1290, c'est à dire quelques années après la disgrâce de son père,
La vie intellectuelle et politique à Byzance sous les premIers Paleo
l'archidiacre unioniste Georges Métochite (1283). Tandis que le
logues. En 1949 Sevcenko ignorait l'oeuvre de Beek. Son livre,
père resta séquestré pendant plus de quarante ans, le fils se voyait
que nous allons résumer tout à l'heure, se prête sans doute à la
honoré d'emplois de plus en plus élevés. Seveenko commente:
critique mais reste d'un bout à l'autre dans les bornes d'une sobre
"Il nous faudrait constater le mauvais goût de l'arriviste qui, dans
méthode historique. Nous verrons plus tard comment Sevéenko
son premier Basilikos se plaît avant tout à de longues amplifica
dans une publication ultérieure consacrée à Métochite se laissait
tions sur la politique religieuse d'Andronic Il, cette politique qui
entraîner par les interprétations a-historiques de Beck. coûta la liberté à Georges Métochite"" Théodore, devenu le favori
Originairement Sevéenko abordait son sujet principalement du
de son empereur, avançait rapidement, probablement à cause de
point de vue philologique, traitant cependant en même temps les
ses dons intellectuels; il s'étonnait d'ailleurs lui-même de son
faits politiques qui constituaient le fond des polémiques littéraires succès. Bientôt ses ennemis furent nombreux. Vers 1305 il fut
de Métochite et Choumnos. Ainsi il mit en lumière les aspirations nommé Il€otitwv, la fonction suprême à la cour byzantine (on
intellectuellès de Métochite aussi bien que sa vie d'homme politique ne pouvait s'adresser à l'empereur que par l'intermédiaire du
puissant et peu scrupuleux. Il€oa~wv; règle qui s'appliquait au plus humble sujet comme à
Sevéenko combinait dans son livre toutes sortes de matériaux, tous les fonctionnaires). C'est cette nomination d'ailleurs qui
d'une part connus de longue date, d'autre part nouvellement sans doute fut pour beaucoup dans l'âpreté extraordinaire qui
caractérisa la polémique future avec Choumnos. parce que celui-ci
uns mehr vom Wesen des Byzantiners, aIs es e;~ glatter Ausgleich vermochte. avait été Il€ati~wv avant Métochite et destitué de cette fonction
Und sein Versuch, bisher wenig geschatzten Lebensformen so etwas wie eine
pour lui faire place. Métochite abusait de son pouvoir d'une
theoretische Grundlegung zu geben, bleibt in dieser Form ein Novum,jeden· manière effroyable (c'est toujours Sevcenko qui parle), Il s'en
falls für die mittel· und spatbyzantinische Zeit; etwas Nichtgekanntes, ja
richissait aux dépens des gens de tou tes les classes sociales. de
Erregendes ist damit in das scheinbare Gleichmass des byzantinischen Welt
sorte qu'à la fin il fut l'objet de la haine générale. Ses adversaires,
bildes hineingeraten, die klassische Tradition ist erschüttert" ( op. cit. p. 47.
49). en nombre croissant, se seraient efforcés d'amener sa chute. Il
Voilà un exemple de l'extravagance irraisonnable qui n'entache que trop nous faut noter cependant que la formation d'un véritable parti
souvent la publicistique allemande. En l'espèce il s'agit d'un fantasme qui anti-Métochite auquel Choumnos aurait appartenu, n'est pas un
n'a rien à voir avec Métochite, un homme en chair et en os - assez médiocre fait historique indéniable. Comme il l'admet lui-même SevCenko
d'ailleurs - vivant à Byzace au l4e siècle. Pour une attaque violente contre la n'avait à sa disposition qu'une seule source pour affirmer l'existence
présomption des ascètes v. Psellos, Epitre au patriarche Michel Cérulaire, de ce parti, à savoir un ouvrage inédit de Théodore Paléologue.lo
nouv. éd. U. Criscuolo, Naples 1973. V. également les opinions d'Eustathe
de Thessalonique à ce sujet, exposées par A. Kazhdan dans son livre Studies 9. SevCenko, Etudes, p. 130.
on Byzantine Literature of the Eleventh and Twelfth Centuries, Cambridge/ 10. Il s'agit d'Enseignemens et ordenances pour un seigneur qui a gu_es
Paris 1984, part. p. 151-153.
et grans gouvernemens a faire, oeuvre de Théodore Paléologue (Bruxelles,
6
n
C'est un fait toutefois que le splendide palais en ville que possédait sujette à des divergences de vue par suite de la variabilité des
Métochite fut mis à pillage et ravagé en 1328, après quoi le fisc phénomènes. Inutile d'ailleurs de discuter sur ce point puisque
confisqua ce qui lui restait de ses propriétés. Exilé à Didymo Choumnos ignorait les principes élémentaires de la science qu'il
teichon en Thrace, il lui fut permis deux ans plus tard d'aller disait révérer. Métochite, en défendant ses opinions, s'appuyait
finir ses jours à Constantinople, dans la retraite du monastère de surtout sur Platon, mais préférait Aristote dans les cas où Ptolémée
la Chora qu'il avait fait restaurer lui-même splendidement pendant suit celui-ci. Or, Sevéenko fait voir que les prétendues citations de
la période la plus glorieuse de sa vie. C'est en effet à ce monastère Platon que l'on trouve chez Métochite dérivent en majeure
qu'il mourut en 1332 dans la condition d'un humble moine sous partie de Jamblique, y compris les citations incorrectes du néo
le nom de Theoleptos. platonicien. Il n'aurait eu que des connaissances superficielles
Voilà le cadre général dans lequel Seveenko dresse son tableau des oeuvres de Platon, contrairement à ce qu'on avait pensé
des disputes littéraires de Métochite et Choumnos. Il nous fait jusqu'alors. Mais il y a plus. Choumnos avait accusé Métochite, qui
témoins de scènes peu édifiantes. Après avoir analysé la corres se piquait tellement d'être platonicien, d'avoir avancé des opinions
pondance des deux savants à l'époque où ils étaient encore liés absolument en contradiction avec Platon. Sevéenko montre qu'en
d'amitié et se décernaient réciproquement des éloges superlatifs, réalité Métochite s'était rendu coupable de quelque chose de plus
il passe en revue les pamphlets littéraires écrits par les deux grave, à savoir d'une falsification de propos délibéré. S'étant
hommes devenus des ennemis acharnés, qui s'accusent sans cesse décidé à harmoniser les systèmes de Platon et de Ptolémée, il ne
de style abominable, d'ignorance en ce qui concerne la littérature se gênait pas pour altérer ses sources. Platon veut que sept sphères
de l'Antiquité, bref de la plus complète nullité intellectuelle. (f1l'Tà 1I'epiDlloL) tournent dans la même direction tandis que la
Choumnos accuse Métochite d'obscurité, celui-ci de son côté huitième sphère tourne en direction opposée (Epinomis 990 a 5-
dit qu'il préfère la llew6TT/ç à la clarté de son adversaire, qui lui b 2). Métochite fait tout simplement comme si l'Epinomis parlait
semble simpliste, voire vulgaire (evTéÀeUl.). Ils s'en rapportent d'oKTw oe1l'Tai 1I'epiDlloL. Ainsi il crée huit sphères "vénérables", qui
tous deux à Hermogène. "Ils ont tort tous deux", dit Sevtenko, s'accordent au système de Ptolémée. Selon Sevtenko on peut
"car c'est un procédé stérile que de combattre Hermogène par expliquer une telle effronterie par le fait que Métochite voulait
Hermogène".11 Ensuite l'astronomie est mise à l'ordre du jour. sauver les mathématiques à toutprix,ce qui constitue une excuse aux
Métochite avait ravivé l'intérêt pour cette science par son livre yeux de son biographe. Disons dès à présent que le "jugement ... nu
~ToLxeiwoLç f1l'i T'ii aOTpovoll"''ii È1I'Wrrl1l1l, basé presque totale ancé"12 de celui-ci nous parait inacceptable, parce qu'il infirme la
ment sur Ptolémée et Théon. valeur de ses propres recherches, qui nous montrent un personnage
Métochite soutenait la supériorité des mathématiques (dont plutôt bâcleur en matière scientifique. Aussi ne faut-il pas s'imaginer
l'astronomie faisait partie à son avis) contre Choumnos, qui que la dispute entre Métochite et Choumnos ait été un débat entre
cultivait la physique. Les mathématiques se distinguaient par la aristotélisme et platonisme. Les deux adversaires parlent à la
cohérence, l'unité et la certitude, tandis que la physique était légère, tantôt louant Platon, tantôt louant Aristote. Parfois ils
rejettent l'un et l'autre. Sevéenko se contente de "l'air de liberté
Bibl. Royale, mss 11042 et 9467). Ce texte est une traduction française par
que se donnent ces hommes en parlant des grands esprits d'autre
Jean de Vignay d'un texte latin dont quelques fragments subsistent, et qui
fois", mais il s'empresse d'ajouter "Gardons-nous toutefois d'en
à son tour fut une traduction de l'original grec qui a complètement disparu.
Théodore Paléologue, ms cadet d'Andronic II avait hérité en 1305 par sa conclure au courage intellectuel de nos auteurs". 13
mère Irène du marquisat de Montferrat. Converti au catholicisme, marié à Tout compte fait Sevéenko persiste dans son opinion qu'un
Argentina Spinola, mie d'un Capitano dei Popolo de Genes, et complètement certain mérite ne peut être dénié à Métochite. Il ne fut ni le
italianisé, il continuait toutefois à s'intéresser aux affaires de Byzance. Voyez
l'Appendice l, p. 233 sqq. 12. ibid. p. 96.
11. Sevœnko,Etudes, p.167. 13. ibid. p. 173-4.
8
successeur de Ptolémée, ni le rénovateur de la science byzantine, tiste".'· Si on lit enfin l'essai biographique que Sevéenko consacra
comme il le pensait lui-même, mais il avait assurément une con à Métochite en 1975 on ne peut que regretter l'affaiblissement du
naissance profonde de l'oeuvre de Ptolémée. Cela n'était pas peu sens critique chez un auteur qui entretemps s'était acquis la
de chose, et, de plus, il en était résulté "une oeuvre de vulgarisa renommée d'un grand byzantiniste. Nous espérons justifier ce
tion scientifique impressionnante".l4 C'est par lui, et non par la jugement qui peut paraître trop sévère quand nous nous occu
voie de sources arabes et persanes - thèse soutenue par quelques perons plus en détail de l'essai mentionné. II nous faut cependant
savants - que les Byzantins ont redécouvert Ptolémée et Théon. remettre notre analyse à plus tard parce qu'eIIe ne peut se faire
Ce fut lui qui stimula ainsi un intérêt inteIlectuel de la dernière sans l'introduction préalable du fameux problème de "l'humanisme
importance "(en donnant) à l'astronomie, science esotérique, un byzantin".
prestige pour ainsi dire social dans les mi~ieux inteIlectue.ls".1S
II est indéniable que les Etudes de Sevéenko constituent une *
oeuvre importante. EIle fut accueillie favorablement. Cela n'em
pêcha pas que les byzantinistes qui s'occupaient de Métochite vers Hunger et Verpeaux ont commencé à introduire le terme
les années '60 continuassent à suivre Beck plutôt que Sevcenko. "humanisme" dans les études byzantines, spécialement par rapport
Les publications de Hunger, Verpeaux et Gigante, qui seront aux auteurs de l'époque des Paléologues. Métochite et Choumnos
discutées ci-après, témoignent d'un plus grand respect pour auraient été les coryphées de cet humanisme. Beck fut sans doute
Métochite (et pour Choumnos) que ne l'avait fait Sevcenko. le premier à présenter Métochite comme un esprit profond, mais
Même après 1962, l'année où la thèse de Sevéenko devint accessible il avait nié expressément que son personnage devait être considéré
à tous les savants, on utilisa à peine les découvertes qu'il avait comme un humaniste. "Für ein musisch-beschauliches Humanisten
faites. dasein fehlt Metochites das "hohe Menschenbild" ohne welches
On constate par contre un revirement chez Sevcenko lui-même. es keinen Humanismus gibt".'7 Hunger et d'autres après lui par
Nous avons eu l'occasion d'indiquer comment Sevéenko à plusieurs contre se servirent du terme "humanisme" sans discrétion, ne se
reprises tendait à s'exagérer les mérites de Métochite justement aux souciant aucunement d'une définition bien précise. A la fin la
endroits où il fut le premier à révéler les faiblesses morales et situation s'embrouilla à tel point que Beck renonça à ses objections,
intellectuelles de celui-ci. La capitulation devient évidente dans la appliquant à Métochite le nom d'humaniste comme tout le monde.
Préface de la version remaniée de sa thèse (1962) quand il loue Dans un article de 1952 intitulé Theodoros Metochites ais
l'oeuvre de Beck, "cet ouvrage plein de vues originales", et Vor/durer des Humanismus in Byzanz, 18 Hunger louait 1"'Uni
d'autres auteurs, entre autres Hunger et Verpeaux. Nous citons: versalitiit und hohe geistige Selbstiindigkeit" des Miscellanea et
"Bien que substantiellement modifié et élargi depuis sa concep
tion, ce livre garde les traces d'un travail de jeunesse. Si j'avais à 16. ibid., Avant-Propos, p. V et p. 4. Plus tard, en 1981, SevCenko parlera
écrire aujourd'hui, j'aurais distribué les accents d'une façon du "brilliant assessment of his (Metochites) Miscellaneous Essays by Profe ssor
différente; ainsi, j'aurais témoigné de plus d'estime pour le savant Beek" (Two Poems by Theodore Metochites, Greek Orthodox The%gica/
Review 26 (1981), p. 1-46, citation p. 2.
et le penseur Métochite. On a beau être irrité par ses coups de
17. Beek, Theodoros Metochites, p. 49.
pouce; il faut bien reconnaître non seulement son érudition, mais
18. BZ 45 (1952), p. 4-19, réimprimé dans H. Hunger, Byzantinische
aussi son originalité relative, et même par endroits, sa profondeur. Grundlagenforschung, Londres 1973, n. XXI; Hunger a exprimé les mêmes
Quant à l'homme Métochite mon avis n'a pas changé. Mais au opinions sur Métochite et sur l'humanisme byzantin en général dans son livre
jourd'hui j'aurais montré plus d'indulgence pour l'illustre égo- Reich der Neuen Mitte. Der christliche Geist der byzantinischen Ku/tur,
Graz-Vienne-Cologne 1965, p. 354, 358, 368, et dans son article souvent cité
14. ibid. p. 115. Von Wissenschaft und Kunst der frühen Pa/aiologenzeit, JOBG 8 (1959),
15. ibid. p. 116. p. 123-155, ici p. 137-39.
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