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lies et rives du sud-Kanem, étude de géographie régio
nale, travaux du CEGET/CNRS Bordeaux, 1974.
Atlas pratique du Tchad, Paris, I.G.N. (en collaboration
avec Jean Cabot).
Le Tchad, Paris, P.U.F., Que sais-je ?, n° 1531, rééd. 1977,
(en collaboration avec Jean Cabot).
Déjà paru à l’Harmattan sur le Tchad :
Jean CHAPELLE, Le peuple tchadien, ses racines et sa vie
quotidienne, (en coédition avec l’ACCT), 1981, 304 pages.
Jean-Claude ZELTNER, Pages d'histoire du Kanem, pays
Tchadien, 1980, 280 pages.
CHRISTIAN BOUQUET
TCHAD
Genèse d’un conflit
préface de Jean Chapelle
postface de Jean Cabot
Éditions L’Harmattan
7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 Paris
© L'Harmattan, 1982
ISBN : 2-85802-2100
RACINES DU PRÉSENT
Collection dirigée par Alain Forest
A la mémoire de deux amis
Janine Payet
et Jean-François Gibert
professeurs coopérants
tués le 15 février 1979
pendant les combats de N'Djaména
victimes, parmi des centaines d’autres,
du déchirement tchadien.
AVERTISSEMENT
J'ai achevé la rédaction de cet ouvrage en septembre
7979. Les difficultés rencontrées du côté du secteur édi
torial ont considérablement retardé sa sortie, mais ont
permis en contrepartie au recul du temps d’exercer son
érosion sur les analyses proposées à cette époque. Il
apparaît aujourd'hui que la postface de Jean Cabot et
quelques rappels chronologiques en bas de pages peuvent
suffire à actualiser cette étude.
Car depuis février 1979 le Tchad s'est installé dans le
chaos politique et n’en est pas sorti. Il a connu d’autres
épisodes de guerre civile, d'autres ingérences, plusieurs
exodes, la pérennisation de la misère ; il n’a pas résorbé
son déchirement.
Le moment n’est donc pas plus mal choisi pour publier
cette étude géopolitique du Tchad. Celle-ci peut, par ailleurs,
bénéficier de ces deux éclairages nouveaux que sont la
préface de Jean Chapelle et la postface de Jean Cabot. C’est
ainsi qu’à travers trois générations de chercheurs dont les
sensibilités politiques sont voisines sans être convergentes,
dont les sympathies pour tel ou tel groupe de population au
Tchad sont plutôt divergentes, dont les expériences de ter
rain s’étendent dans le temps sur plus d'un demi siècle,
une sorte de consensus s’établit autour des tendances géné
rales de l’ouyrage, et d’une idée majeure : le problème tcha
dien est d'une complexité telle que bien des diplomaties
n’ont pas très bien tout compris ; mais à chacune des
questions embarrassantes il existe des éléments de réponse
qu'il faut aller chercher soit dans T Histoire soit dans l’envi
ronnement socio-économique.
Pour avoir préféré des décisions au coup par coup et à
courte vue, la politique française a fait jusqu’ici fausse route
et s’est discréditée. L’illustration concrète de cette attitude
irresponsable est un Tchad exsangue, démoli, meurtri
pour longtemps et certainement peu enclin à renouveler sa
confiance à l’ancienne puissance coloniale. Puissent les pages
qui suivent contribuer, même modestement, à rectifier le cap.
Christian BOUQUET
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Préface
par Jean CHAPELLE (*)
Le Tchad, ayant accédé à l’indépendance en 1960, se
trouvait, dès 1965, en proie à des mouvements de révolte
paysanne qui se déclarèrent d’abord dans la partie cen
trale du Sahel, entre Guéra et Ouaddaï. Ces troubles
s’étendirent peu à peu, profitant d'un certain vide admi
nistratif, dû à la relève des cadres français par des
cadres tchadiens insuffisants en nombre et inexpérimen
tés. Motivés au début par les carences et les injustices
qui résultaient de ce hiatus, des mouvements rebelles
furent par la suite soutenus, encadrés, structurés par
des éléments d’inspiration révolutionnaire, au demeurant
peu nombreux et dispersés. Ceux-ci provenaient des par
tis et tendances éliminés dès le début par le régime du
parti unique instauré par le président Tombalbaye.
L’armée, la police, l'administration étaient recrutées
essentiellement parmi les populations du sud du Tchad et
les désordres s’étant développés parmi les populations
musulmanes pauvres du Sahel, la lutte prit peu à peu le
caractère d’une opposition entre le Nord et le Sud.
En 1969, cette rébellion, d’abord minimisée, méprisée.
(*) Ancien directeur-adjoint de l'institut Tchadien des Sciences
Humaines, ancien directeur du Musée de N'Djaména, auteur de
« Nomades Noirs du Sahara » et « Le Peuple Tchadien ».
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attribuée au banditisme par le gouvernement tchadien,
était devenue assez étendue et importante pour que le
Général Malloum, chef d’Etat-Major, conseille au prési
dent Tombalbaye de faire appel aux forces armées fran
çaises, en vertu des accords de défense qui liaient la
France au Tchad et arguant du fait que les désordres
étaient provoqués et soutenus de l'extérieur. L’interven
tion militaire française ne fut accordée, paraît-il, qu’à
contre-cœur par le Général de Gaulle et elle était liée à
une remise en ordre de l’administration tchadienne. Elle
semblait pouvoir être limitée dans le temps, dans les
moyens accordés et dans le but poursuivi. C'était cepen
dant mettre le doigt dans l’engrenage d’une nouvelle et
longue guerre.
Les effectifs engagés par la France ont pu paraître
assez faibles au début pour que l'opinion s’en désintéresse.
C’est là un des caractères des expéditions de type colonial
où les moyens nécessaires semblent peu importants car
ils profitent du déséquilibre démographique entre le pays
où l’opération se déroule et la métropole qui est suscep
tible, elle, d’user à son gré de relèves et de renforts.
A ce type d’expédition profite aussi dans un premier
temps l’énorme disparité des moyens techniques et de
l’armement. Lorsque le conflit se prolonge il arrive que
ces facteurs perdent leur efficacité et rencontrent des
parades qui provoquent des renversements de situation.
Ce fut le cas au Tchad. Les opérations militaires menées
de 1969 à 1972 dans le Centre-Est s’étendirent jusqu’au
Tibesti et aboutirent à une sorte de trêve tacite, à un
étouffement de la rébellion, mais non à son extinction.
Pendant toute cette période, l’opinion française ne fut
que très peu et mal informée. Au Tchad même, l’infor
mation était inexistante. Cela s’expliquait par le souci
de ne rien dévoiler ni à l’adversaire, ni aux pays voisins,
ni au peuple tchadien du déroulement d’une action mili
taire et politique qui se nourrissait du secret. Le gouver
nement français prit dès lors l’habitude, en ce qui
concerne le Tchad, d’user de cette technique d’informa
tion qui consiste à combiner l’emploi de l’abat-jour en
matière diplomatique et du silencieux en matière mili-
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