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© Jorgi Jatromanolakis
© Allen Jones ISBN : 978-1-78042-865-9
© Erich Kästner
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M É
usique & ros
Hans-Jürgen Döpp
Sommaire
Introduction : Musique & Éros 9
Intermède n°1 : Alan Arkin 14
Intermède n°2 : Ernest Borneman 15
Le Singe darwinien en rut 17
Les Danses chez les tribus primitives 25
La Danse du ventre orientale 29
Intermède n°3 : Au cas où il en serait ainsi… 44
Intermède n°4 : La Voluptueuse 45
Les Bayadères indiennes 47
Danse et prostitution dans l’Antiquité 55
Les Petites Chinoises en fleurs 67
Les Chants du démon 73
La Flûte de Dionysos 81
Le Noble Amour courtois et les instincts roturiers :
les troubadours et les poètes courtois du Moyen Âge 93
Intermède n°5 : Goethe 106
Don Juan et la musique 109
Beethoven : « À la Lointaine Bien-Aimée » 117
Intermède n°6 : Nancy Friday 126
Intermède n°7 : Harry Mathews 127
L’Érotisme parfumé de Wagner 129
Musique et expérience précoce 139
Intermède n°8 : Harry Mathews 150
Intermède n°9 : Jorgi Jatromanolakis 151
Presque Incapable de Plaisir… 153
La Magie du simple fait de jouer ensemble 159
Intermède n°10 : Jorgi Jatromanolakis 170
L’Instrument compagnon 173
Le Procès de La Ronde 183
« Ce Vice qui se met à danser » : Anita Berber 189
Intermède n°11 : Jean-Michel Jarre 200
Intermède n°12 : Erich Kästner 203
¡ El Tango me ha tocado ! 205
Le Sexe, le rock ’n’ roll et la pop music 219
Les Vibrations électroniques 229
Final 235
Intermède n°13 : E. Th. A. Hoffmann 240
Coda : L’Éloge du silence 243
Notes 248
Index 254
8
Introduction : Musique & Éros
Pour Doris
U lysse, qui était un homme astucieux, devait s’échapper, celle-ci se voit freinée par un fleuve ; elle
protéger ses compagnons de bord contre implore alors les vagues, ses « liquidas sorores », de la
la tentation que représentait le chant des métamorphoser. Lorsque Pan l’attrape, il ne lui reste
sirènes et leur boucha, à cet effet, les oreilles avec de la cire. entre les mains qu’un roseau. Tandis qu’il se lamente
sur son amour perdu, le souffle du vent produit une
Il n’entendait cependant pas pour sa part renoncer à se repaître musique dans le roseau, musique dont l’harmonie saisit
les yeux et les oreilles de ces dangereuses créatures. Aussi se le dieu. Pan casse alors le roseau, puis d’autres plus
fit-il, par précaution, attacher au mât de son bateau, afin de ne longs ou plus courts, les assemble avec de la cire, et en
pas succomber à ce chant dont les effets étaient redoutables. joue, comme l’avait fait le vent, avec cependant plus de
vigueur et en signe de complainte. C’est ainsi qu’apparaît
Comment une sonorité pure peut-elle se transformer en un violent la flûte de Pan ; en jouer console Pan de la perte de la
désir ? Comment est-il possible de s’adresser à la sensualité par le nymphe, disparue sans l’être vraiment, et qui demeure
simple truchement de l’ouïe ? Pourquoi la musique joue-t-elle en dans ses mains sous la forme d’un son de flûte. »
amour un rôle si remarquable ? Nous nous retrouvons là à
questionner l’origine de la profonde impression érotique Ainsi trouve-t-on à l’origine de la musique un désir
qu’exercent le chant, la danse et la musique. Comment expliquer d’inaccessible. Dans le son de la flûte, l’absence devient
la magie des sonorités musicales et des rythmes ? présence, l’instrument, la syrinx, et la nymphe ne font plus
qu’un. La nymphe a disparu et pourtant Pan l’a bien dans ses
Arnold Schönberg évoquait autrefois « la vie instinctive » des sons. mains, sous l’aspect d’une flûte.
Quel rapport établir entre elle et la vie instinctive des gens ?
Dans le premier chapitre sont esquissés les liens étroits qui
Dans Les Métamorphoses d’Ovide1, l’origine et la valeur de la unissent musique et désir sexuel, à la lumière de l’exemple de la
musique nous sont présentées de façon à montrer que, dès le « prostitution des artistes », et tels qu’ils sont mis en évidence
mythe originel, Éros et la musique sont étroitement imbriqués. dans différentes cultures. À travers la danse et ses rythmes nous
Le son de la flûte de Pan est supposé atteindre l’amante insistons plus particulièrement sur le sensuel et le corporel.
perdue. Ernst Bloch, dont nous gardons ici la description en
raison de sa beauté, considère ce mythe comme l’un des plus Que la musique exerce une puissance énorme, comme nous le
beaux de l’Antiquité2. voyons au cours de différents chapitres, cela est démontré par
toutes les tentatives de la réglementer et d’en limiter l’influence. De
«Pan se débattait avec les nymphes et pourchassait l’une même, certains exemples littéraires, ceux de Léon Tolstoï, de
d’entre elles, Syrinx, nymphe des bois. Réussissant à Thomas Mann ou d’Arthur Schnitzler, nous montrent en partie le
Jean-Auguste-Dominique Ingres,
LeBain turc, 1862.
9
Introduction : Musique & Éros
pouvoir désastreux de la musique. Que ce dernier soit aussi au maximum le filet du langage pour ne ramener que quelques
constamment l’écho d’une expérience antérieure, c’est ce que nous gouttes d’eau, dans lesquelles on ne retrouve plus le secret des
montre le chapitre orienté sur l’approche psychanalytique : la relations changeantes. Dès lors, compte tenu de l’incompatibilité
musique comme évocation de la présence d’un absent. des deux langages, celui de la musique et celui des mots, nous
avons dès le début établi une ligne méthodologique nécessaire à
Avec des philosophes comme Schopenhauer, Nietzsche et l’éclairage du sujet. Ainsi laissons-nous voler la bulle de savon : ce
Kierkegaard, nous essayons de copier les racines aériennes de la que nous essayons de faire consiste seulement à l’observer sous
musique, qui suffisent dans un autre monde que celui auquel différents éclairages et dans différentes perspectives.
nous sommes habitués. Par ailleurs, d’après les exemples de
Ludwig Van Beethoven et d’Hugo Wolf, nous abordons la La musique, comme l’érotisme, est un moyen de voyager dans
composition en tant que possibilité de transformer en plaisir ce un autre univers. Ceci nous rappelle la question de Jean-Paul
vœu d’amour en permanence inassouvi. (Johann Paul Friedrich Richter (1763-1825)) :
Enfin, il n’y a pas que le jeu avec les autres qui est source de « Ô musique, es-tu le souffle du soir de cette vie,
ravissement. De même, la relation à l’instrument lui-même peut, Ou bien l’air matinal de l’autre vie ? »
chez certains musiciens, se changer en relation amoureuse.
En ce qui concerne les images choisies, notre sujet est compliqué
Dans tous les cas, le fait que le corporel est à la base de l’érotisme et impossible à illustrer. L’image d’un visage extatique l’illustrerait
persiste. Et pourtant, cet élément a toujours été relégué en un aussi bien qu’un de ces paysages hollandais où domine
processus de sublimation, progressif avec le développement l’harmonie, ou bien encore qu’un tableau abstrait représentant des
culturel, et ce, au profit d’une approche intellectuelle et mentale. lignes flottant librement. Même la plus abstraite des œuvres est
Dans le dernier chapitre, qui se consacre à la musique et à la certainement en lien avec les forces de l’Éros, et chacune de ces
danse contemporaines, apparaît l’idée d’un retour au corporel, images pourrait être transformée en composition sonore.
parallèlement célébré comme une « libération de la sexualité ».
Nous cherchons donc toute une série d’images de premier plan,
Mais déjà, la recherche de l’érotisme dans la musique romantique susceptibles d’être immédiatement en lien avec notre sujet «Éros et
avait tout de même permis de découvrir qu’elle est aussi l’écho de musique ». Une démarche qui se justifie aussi, dans la mesure où
processus strictement corporels : l’écho de son propre battement la plupart des images que nous présentons ici n’ont que rarement
de cœur, de sa propre respiration, de son propre désir. été montrées. Toutefois, celui pour qui la musique est chose sacrée
la croira profanée par ces images. D’autres y reconnaîtront le rire
Décrire la relation entre la musique et l’érotisme au moyen du du génie; et, de même que nous nous refusons dans notre propos,
discours ne peut se concevoir que par une prudente approche, de à distinguer la musique dite sérieuse de la musique dite populaire,
même que celui qui essaie de saisir entre ses doigts une étincelante ainsi en va-t-il pour ce qui est de la distinction entre l’art supérieur
bulle de savon risque de la faire exploser et de se retrouver avec les et l’art trivial. La pulsion est à l’origine de toute œuvre d’art, tout le
doigts collants. C’est ainsi qu’il en va de notre sujet : nous tendons reste n’est qu’une question de degré de sublimation.
Anonyme,
Pan enseignant la flûte à Daphnis,
IVesiècle av. J.-C. Naples.
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