Table Of ContentLes paganismes de la Nouvelle Droite (1980-2004)
Stéphane François
To cite this version:
Stéphane François. Les paganismes de la Nouvelle Droite (1980-2004). Science politique. Université
du Droit et de la Santé - Lille II, 2005. Français. NNT: . tel-00442649
HAL Id: tel-00442649
https://theses.hal.science/tel-00442649
Submitted on 21 Dec 2009
HAL is a multi-disciplinary open access L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est
archive for the deposit and dissemination of sci- destinée au dépôt et à la diffusion de documents
entific research documents, whether they are pub- scientifiques de niveau recherche, publiés ou non,
lished or not. The documents may come from émanant des établissements d’enseignement et de
teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires
abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Université de Lille II- Droit et santé
Ecole doctorale n°74
Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales
THESE
pour obtenir le grade de
Docteur en Science politique
Présentée et soutenue publiquement par
Stéphane FRANCOIS
le 29 septembre 2005
Les paganismes de la Nouvelle Droite (1980-2004)
Directeur de thèse :
Monsieur Christian-Marie Wallon-Leducq
Professeur à l’Université de Lille II
JURY :
M. Pierre-André TAGUIEFF, Rapporteur, directeur de recherche au CNRS, Paris, I.E.P.-
CEVIPOF
M. Philippe RAYNAUD, Rapporteur, Professeur de science politique à l’Université
Panthéon-Assas (Paris II) ; Institut Universitaire de France
Gil DELANNOI, Directeur de recherche, Fondation Nationale de Science Politique, Paris
Jean-Pierre LAURANT, Professeur émérite à l’Université Paris II, EPHE (Ve section des
sciences religieuses)
1
TABLE DES MATIERES
Introduction p.7
1ère partie : Qu’est-ce que la Nouvelle Droite ? p.19
Premier chapitre : Histoire de la Nouvelle Droite p.19
Section I/la préhistoire : Europe-Action p.19
A/Histoire d’Europe-Action p.19
B/Une thématique novatrice et radicale p.20
Section II/La Nouvelle Droite de 1968 au début des années quatre-vingt p.24
A/Le G.R.E.C.E. de 1968 à 1979 p.25
B/Le « gramscisme de droite » et le rôle du Figaro Magazine p.29
C/La Nouvelle Droite en Europe et dans le monde p.34
1/La Nouvelle Droite en Allemagne,… p.34
2/….en Italie…. p.39
3/…en Belgique…. p.44
4/…et dans le reste du monde p.45
Section III/Le deuxième corps de doctrine (1979-1989) p.46
A/Le renouvellement des références p.46
B/Le différentialisme p.50
C/L’apparition du pôle traditionaliste p.53
D/L’apparition des scissions p.55
Section IV/La dernière évolution doctrinale p.60
Section V/La scène europaïenne et la Nouvelle Droite p.64
A/Qu’est-ce que la scène europaïenne ? p.64
B/La thématique p.67
C/Les liens avec la nébuleuse néo-droitière p.74
D/Analyse du discours p.80
Conclusion du chapitre p.90
Deuxième chapitre : Les références importantes p.91
Section I/La filiation avec le nazisme p.91
A/Une référence ambiguë vis-à-vis de la S.S. p.92
B/Des divergences importantes p.95
Section II/La filiation avec la Révolution Conservatrice p.98
A/Qu’est-ce que la Révolution Conservatrice ? p.100
B/Les principaux courants ayant influencé la Nouvelle Droite p.105
Section III/Droite révolutionnaire et gauche réactionnaire p.110
A/Qu’est-ce que la droite révolutionnaire ? p.111
B/La droite révolutionnaire et la préhistoire de la Nouvelle Droite p.115
C/La Nouvelle Droite et le nationalisme révolutionnaire p.116
2
Section IV/La Tradition et la Nouvelle Droite p.119
A/Définitions p.120
1/Tradition et ésotérisme p.120
2/Occultisme p.124
3/Esotérisme, occultisme et néo-paganisme p.125
B/L’Ecole de la Tradition et la Nouvelle Droite p.126
C/Critique de la pensée traditionnelle p.131
Section V/La Nouvelle Droite et les études indo-européennes p.132
A/Les Indo-Européens autochtones ? p.134
B/L’origine hyperboréenne des Indo-Européens p.136
C/L’« ethnicisation » des Indo-Européens p.140
D/Georges Dumézil et la Nouvelle Droite p.143
Section VI/« E t si l’Inde était le médecin de l’Europe ? » p.146
A/La Nouvelle Droite et l’Inde p.147
B/Les origines de l’indomanie p.149
1/Les ésotéristes/occultistes p.149
2/L’indomanie dans les milieux lettrés p.151
C/Les liens entre les néo-droitiers et les hindouistes p.153
Conclusion du chapitre p.156
Troisième chapitre : Nature de la Nouvelle Droite p.157
Section I/La Nouvelle Droite et son positionnement idéologique p.158
A/La naissance médiatique p.158
B/Nature de la Nouvelle Droite p.159
C/La Nouvelle Droite et l’extrême droite p.161
Section II/La question de l’antisémitisme et du négationnisme p.167
Section III/La Nouvelle Droite et l’islam p.171
Section IV/Entre unité nominative et diversité des sensibilités p.175
A/Les courants du G.R.E.C.E. p.175
B/La nébuleuse néo-droitière p.177
Conclusion du chapitre p.177
2ème partie : Le paganisme néo-droitier, un monde varié…
p.180
Premier chapitre : Paganisme et néo-paganisme, présentation et définition
p.180
Section I/Définition des notions de paganisme et de néo-paganisme p.181
A/Une vision cyclique du temps p.184
B/Un antichristianisme structurateur p.186
Section II/Essai de typologie p.188
A/Religion ou ontologie ? p.190
B/La religion païenne p.191
C/Ontologie ? p.194
Conclusion du chapitre p.196
3
Deuxième chapitre : Les paganismes à contenu religieux/rituel p.197
Section I/L’odinisme ou religion germano-scandinave p.197
A/Une caractéristique de l’odinisme : la magie runique p.197
B/L’odinisme en Europe p.199
1/Les précurseurs : le néo-paganisme germanique p.199
2/L’Asatru islandaise p.212
3/L’odinisme en Grande-Bretagne p.215
4/L’odinisme et la Nouvelle Droite p.215
Section II/La religion italique p.219
A/Présentation p.219
B/Portraits de quelques partisans de la religion impériale p.222
1/Arturo Reghini p.222
2/Guido De Giorgio p.223
C/Le cas de Julius Evola p.224
1/L’homme p.224
2/La pensée d’Evola : une métaphysique de la décadence p.227
3/Les liens d’Evola avec le fascisme et le nazisme p.230
4/Critique de la pensée évolienne p.232
D/La religion romaine depuis la Seconde Guerre mondiale p.233
E/La religion romaine en France p.234
Section III/Le retour des druides p.234
A/Histoire du néo-druidisme p.236
1/Histoire mythique p.236
2/Histoire réelle p.239
B/Le néo-druidisme en France p.241
C/Les groupes druidiques proche de la Nouvelle-Droite p.243
1/Pierre de la Crau et l’Eglise druidique des Gaules p.245
2/Bernard Rio, Artus et Ordos p.244
Section IV/Le paganisme hellénique : l’exemple de Libération païenne p.245
Section V/La Nouvelle Droite et les autres néo-païens p.247
A/Les relations avec les paganismes ethniques p.247
B/La non-reconnaissance de la Wicca comme religion païenne p.251
Conclusion du chapitre p.256
Troisième chapitre : La persistance d’un paganisme culturel p.258
Section I/La persistance populaire p.259
A/Dans le folklore p.259
B/L’exemple du Père Noël p.264
Section II/La survivance du paganisme dans les élites p.266
A/Persistance du paganisme au sein de la franc-maçonnerie ? p.266
B/« La vraie religion de l’Europe » p.268
Conclusion du chapitre p.272
4
Quatrième chapitre : Le polythéisme des valeurs p.273
Section I/le paganisme postmoderne de Michel Maffesoli p.273
Section II/L’archéofuturisme de Guillaume Faye p.275
Section III/Une autre forme de paganisme postmoderne : la culture dite « jeune » p.277
A/Musiques païennes p.278
1/La scène « Industrielle » p.280
2/La scène europaïenne p.289
3/La scène Metal : Un paganisme biologisant p.294
B/La bande-dessinée p.301
C/L’Heroic Fantasy p.304
Conclusion du chapitre p.307
3ème partie : …mais au discours politique et social cohérent structuré
sur l’anti-modernité p.308
Premier chapitre : Le racisme ou les ambiguïtés du paganisme néo-droitier
p.312
Section I/Qu’est-ce que le racisme ? p.313
Section II/L’ethnocentrisme p.317
Section III/Un racisme entre tradition et biologie p.320
A/Un racisme « traditionnel » p.320
B/Une persistance de l’antisémitisme dans les milieux païens p.321
C/Le différentialisme radical p.326
Section IV/Eloge de la différence p.328
A/Le différentialisme…. p.328
1/…comme refus du racisme…. p.328
2/…. et le communautarisme comme solution au multiculturalisme p.331
B/le recours au système des castes p.333
C/Le refus de l’ethnocide p.336
Conclusion du chapitre p.339
Deuxième chapitre : La pensée occidentale en procès p.340
Section I/Les « derniers hommes » ou la modernité comme déclin p.353
Section II/Le refus de l’idéologie du progrès p.356
Section III/La modernité comme synonyme d’américanisation des mœurs p.358
Section IV/L’individualisme comme manifestation de la modernité p.351
Section V/Refus des droits de l’homme p.356
Section VI/ C ontre l’économisme p.359
Conclusion du chapitre p.362
Troisième chapitre : Entre aristocratisme et démocratie clanique p.363
Section I/Les théories inégalitaires p.363
Section II/Le modèle démocratique antique p.369
Section III/Une démocratie païenne et libertaire : le localisme p.376
Conclusion du chapitre p.379
5
Quatrième chapitre : « La terre est notre mère et on ne tue pas sa mère »
p.380
Section I/Les précurseurs de l’écologie p.380
Section II/L’écologie comme « futurologie » p.383
Section III/La droite et l’écologie p.385
Section IV/Les évolutions de la Nouvelle Droite p.387
Section V/Les origines chrétiennes de l’arraisonnement du monde p.390
Section VI/L’écologie néo-païenne p.391
Conclusion du chapitre p.394
Cinquième chapitre : Régionalisme, nationalisme et européanisme p.395
I/L’éloge de l’Empire p.395
II/Les paganismes identitaires régionalistes p.403
III/Le nationalisme-révolutionnaire p.409
Conclusion du chapitre p.413
Sixième Chapitre : Une sexualité sans péché originel p.414
Section I/La sexualité et le sacré p.414
A/la mystique sexuelle p.415
B/Les origines de la magie sexuelle p.417
1/les précurseurs p.417
2/Le rôle important d’Alain Daniélou p.418
Section II/La sexualité comme créatrice de sociabilité p.420
A/La famille « traditionnelle » européenne p.420
B/la place des femmes p.422
Section III/L’homosexualité p.424
Section IV/Liberté sexuelle mais refus de la société permissive p.428
Conclusion du chapitre p.430
Conclusion p.431
Bibliographie p.437
Annexe : p.467
I/ Entretien avec Alain de Benoist p.467
II/ Entretien avec Thierry Jolif p.475
6
Introduction
Pourquoi faire une thèse sur le paganisme et la Nouvelle Droite ? A priori, un sujet de
ce type est très sensible car touchant à deux phénomènes mal connus, le paganisme et la
Nouvelle Droite, et portant en eux une réputation sulfureuse, l’orientation extrémiste du
paganisme et la supposée dangerosité de la Nouvelle Droite1. C’est justement ce côté sensible
qui est attirant car il est peu étudié. En effet, il existe beaucoup d’enquêtes de journalistes sur la
Nouvelle Droite et le paganisme d’extrême droite. Cependant, celles-ci sont passionnées,
partiales, pêchant par des démonstrations confuses et/ou superficielles quant il ne s’agit pas de
raccourcis abusifs, s’ajoutant à la confusion déjà existante sur les natures de la Nouvelle droite
et du paganisme. Ce sujet complexe mérite donc que nous nous attachions à expliquer nos
hypothèses et à définir un certain nombre d’objets.
A/Hypothèses et définitions
Nous sommes partis du postulat principal, qui sera notre grille de lecture, que le néo-
paganisme a joué un rôle important à la fois dans la doctrine du G.R.E.C.E.2 et dans les
évolutions de celui-ci. En effet, les membres fondateurs du G.R.E.C.E. se réclament du
paganisme ou se sont réclamés de lui. De plus, la notion de paganisme est une constante
doctrinale importante de la Nouvelle Droite. En effet, cette école de pensée a publié un grand
nombre d’articles, revues, livres sur cette question depuis le début des années quatre-vingt, les
dernières études importantes étant publiées en 2005 avec le recueil d’entretiens publié par
Christian Bouchet3. Il existe deux livres néo-droitiers importants au niveau doctrinal considérés
comme la « base incontournable de toute réflexion sérieuse sur le paganisme », selon Pierre
Vial : le livre d’Alain de Benoist, Comment peut-on être païen ?4 paru en 1981 et le recueil de
textes de Christopher Gérard, Parcours païen5, paru en 2000. Ces deux livres mettent ainsi en
évidence la persistance de l’attrait pour le paganisme au sein de la Nouvelle Droite. A ce
1 Voir à ce sujet les campagnes médiatiques 1979 et du début des années quatre-vingt-dix.
2 L’acronyme G.R.E.C.E signifie Groupement de Recherche et d’Etudes pour la Civilisation Européenne.
3 C. Bouchet (dir.), Les nouveaux païens, Coulommiers, Dualpha, 2005.
4 A. de Benoist, Comment peut-on être païen ?, Paris, Albin Michel, 1981.
5 C. Gérard, Parcours païen, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2000.
7
propos, Jean Mabire a participé aux Rencontres de la pensée rebelle qui se sont déroulées le 30
janvier 2005 (« Quelle religion pour l’Europe ? Spiritualité, identité, laïcité ») avec une
intervention intitulée « Comment je suis devenu païen ».
Cependant, nous avons conscience, même si nous nous attachons à montrer le rôle du
paganisme dans l’évolution du discours de la Nouvelle Droite, que cette référence païenne n’est
pas la seule de la Nouvelle droite et de son maître à penser Alain de Benoist comme le fait
l’universitaire italien Francesco Germinario1. En effet, ce professeur a fait de la question
païenne et des critiques des universalismes religieux, le fil conducteur de son analyse et ne
prend pas en compte malheureusement les autres références intellectuelles comme le
pérennialisme, la droite révolutionnaire, la Révolution Conservatrice allemande ou l’œuvre de
Dumont, pour ne citer que quelques exemples.
La question des liens entre le paganisme et la Nouvelle Droite reste importante car, dès
les origines du G.R.E.C.E., il existe un intérêt fort pour le paganisme indo-européen qui se
manifeste au travers des études sur les traditions européennes voire indo-européennes. En effet,
à cette époque, les termes « tradition » et « indo-européen » renvoient explicitement à des
pratiques païennes et/ou à une réhabilitation du paganisme. Une commission « traditions » fut
même créée pour aider les grécistes à célébrer différentes grandes fêtes païennes comme les
solstices et les mariages2. Les travaux de cette commission furent d’ailleurs publiés dans le
recueil Les traditions d’Europe3. Malgré les dénégations des principaux intéressés, de vouloir
réactiver le paganisme, celui-ci devint une référence majeure de la Nouvelle Droite à compter
de la seconde moitié des années soixante-dix. Certains néo-droitiers pratiquèrent alors des
cérémonies païennes au domaine de Roquefavour, la « Domus Europa », animé par Maurice
Rollet4. Allant dans ce sens, Pierre Vial affirma en 1982 que « Le paganisme est la clé de voûte
de la vue du monde qu’exprime et incarne la ND5. » De fait, le G.R.E.C.E. fut présenté par des
néo-droitiers comme « […] la première tentative de grande envergure de promotion consciente
et organisée d’une nouvelle culture païenne6. » Comme l’écrit le néo-droitier Jacques Marlaud,
« Parler de paganisme au vingtième siècle, c’est supposer qu’il existe un courant de pensée
1 F. Germinario, La destra degli dei. Alain de Benoist e la cultura politica della Nouvelle Droite, Turin, Bollati
Boringhieri, 2002.
2 J.-C. Valla, « La foi en nous-même »», in Collectif, Païens !, Saint Jean des Vignes, Editions de la Forêt, 2001,
p. 156.
3 A. de Benoist, Les traditions d’Europe, op.cit.
4 A.-M. Duranton-Crabol, Visages de la Nouvelle Droite : le GRECE et son histoire, Paris, Presses de la fondation
nationale des sciences politiques, 1988, p. 50.
5 P. Vial, « La Nouvelle Droite devant l’histoire », Eléments, n°43, octobre novembre 1982, p. 25.
6 J. Marlaud, Le renouveau païen dans la pensée française, Paris, Livre-club du labyrinthe, 1986, p. 150.
8
relativement cohérent auquel on puisse attribuer ce nom7. » Nous estimons aussi que la
Nouvelle Droite a cette cohérence.
Mais qu’est-ce que le paganisme ? Ou plutôt, qu’est-ce que le néo-paganisme ? Ce
courant de pensée, voire cette religion, existe depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle en
Europe, voire antérieurement dans certains cas, et depuis les années soixante aux Etats-Unis. A
l’origine du néo-paganisme, il y a une fascination/idéalisation pour le paganisme antique. Les
premières traces de néo-paganisme sont discernables pendant la Renaissance, comme l’a
montré Jocelyn Godwin dans The Pagan Dream of the Renaissance1. Cependant, l’essor date
du milieu du XIXe siècle. De même, la rupture avec le christianisme a été progressive,
n’oublions pas que les premiers druides britanniques étaient souvent des pasteurs, avant de
devenir une composante importante du néo-paganisme.
Le néo-paganisme n’a, en fait, que très peu à voir avec le paganisme antique. En effet,
le premier se structure autour d’un concept moderne, le panthéisme, c’est-à-dire la divinisation
de la nature, apparu au XVIIe siècle. La modernité de celui-ci s’exprime par la non-distinction
entre le sacré et le profane, tandis qu’a contrario celle-ci est fondamentale dans le paganisme.
Nous devons aussi définir par la même occasion le sacré, qui sera utilisé dans ce travail. Il peut
se définir, dans une approche durkheimienne, comme une opposition structurelle au profane2.
Cependant, le sacré, renvoyant à une infinie diversité du surnaturel, s’utilise comme s’il
désignait un objet unique : « Il en résulte que jamais l’utilisateur de la notion de sacré ne peut
être contraint d’avouer le sens précis qu’il lui attache. Mais on en fait un véritable ‘‘entonnoir
sémantique’’, récoltant le divers pour le faire converger en une signification dominante,
souvent appelée par simple connotation, sous-entendant le raisonnement.3 » Cette définition
d’Isambert, par son insistance le caractère flou du sacré, s’applique parfaitement à la
conception multiple néo-païenne de celui-ci. Le néo-paganisme possède donc un aspect
« bricolé » marqué, pour reprendre l’expression de Claude Lévi-Strauss : « Le propre de la
pensée mythique, comme du bricolage sur le plan pratique, est d’élaborer des ensembles
structurés non pas directement avec d’autres ensembles structurés, mais en utilisant des résidus
et des débris d’évènements : ‘‘odds and ends’’, dirait l’Anglais, ou en français, des brides et
des morceaux, témoins fossiles d’un individu ou d’une société4. » De fait, le néo-paganisme est
7 Ibid., p. 19.
1 J. Godwin, The Pagan Dream of the Renaissance, Londres, Thames & Hudson, 2002.
2 E. Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse. Le système totémique en Australie [1912], Paris,
P.U.F., Quadrige, 1994., p. 50 et suivantes.
3 F.-A. Isambert, Le sens du sacré. Fête et religion populaire, Paris, Minuit, 1982, pp. 302-303.
4 C. Lévi-Strauss, Le regard éloigné, Paris, Plon, 1962, p. 32.
9
Description:Ainsi, en Islande, il est religion officielle, l'Asatru est son nom, depuis 1973 et connaît une croissance annuelle de 10 à 40% depuis sa fondation3. Peuplé d'anciens élèves de l'ENA, de l'X ou de la rue d'Ulm, écrit Pierre. Milza, le Club de l'Horloge, est ainsi devenu à la fin de la déce