Table Of ContentHutton Webster (1875-1955)
Professeur d’anthropologie sociale à l’Université de Nebraska
chargé de cours de sociologie à la Stanford University, Californie
(1948) [1952]
LA MAGIE
dans les sociétés primitives
Traduction de Jean Gouillard, docteur en théologie
Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi
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Hutton Webster, La magie dans les sociétés primitives. (1952) 3
Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bé-
névole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :
Hutton Webster (1875-1955)
LA MAGIE dans les sociétés primitives.
Traduction de Jean Gouillard. Paris : Les Éditions Payot, 1952, 468
pp. Collection Bibliothèque scientifique.
Polices de caractères utilisée : Comic Sans, 10 points.
Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Micro-
soft Word 2008 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format : LETTRE US, 8.5’’ x 11’’.
Édition numérique réalisée le 12 avril 2011 à Chicouti-
mi, Ville de Saguenay, Québec.
Hutton Webster, La magie dans les sociétés primitives. (1952) 4
Hutton Webster (1875-1955)
Professeur d’anthropologie sociale à l’Université de Nebraska
chargé de cours de sociologie à la Stanford University, Californie
LA MAGIE dans les sociétés primitives.
Texte ancien rédigé en 1901. Texte présenté par Yvon-André Lacroix. In Les
écrits du Canada français, no 35, 1972, pp. 187-248. Montréal.
Hutton Webster, La magie dans les sociétés primitives. (1952) 5
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Table des matières
PRÉFACE
CHAPITRE I. PUISSANCE OCCULTE.
Puissance « surnaturelle » ou occulte, 9. - Diffusion de la notion de puissance
occulte chez les peuples primitifs ; îles mélanésiennes, Australie, détroit de Torrès,
Nouvelle-Guinée et îles adjacentes, Polynésie, Indonésie, Japon, Péninsule Malaise,
Annam, Indochine et Birmanie, îles Andaman, Inde, Madagascar, Afrique, Amériques,
10. - Caractéristiques de la notion de puissance occulte, 33.
CHAPITRE II. MAGIE ET ANIMISME.
Double conception de la puissance occulte : manifestation impersonnelle ou per-
sonnelle, 43. --- La pensée primitive n'a pas la conscience nette de cette distinction,
43. -Êtres spirituels, sources et révélateurs de la magie, 44. - Observances magico-
animistes de caractère propitiatoire, 50. - Observances magico-animistes de carac-
tère coercitif, 59. --- Êtres spirituels au service du magicien, 60. - Définition de la
magie, 61.
CHAPITRE III. MÉTHODES ET TECHNIQUES DE LA MAGIE.
Transmissibilité des qualités de l'objet pris comme tout, 64. - Transmissibilité
des qualités inhérentes aux parties détachables et aux appartenances, 65. - Similia
similibus curantur, 66. - Les qualités des objets sont facilement rapportées à leur
« âme », 67. -- Observances non magiques expliquées par les idées de transmissibili-
té, 68 - La puissance occulte inhérente conçue comme une propriété de certains ob-
jets, 69. - Transmission de la puissance occulte inhérente, 70. - Attribution d'une
puissance occulte, 71. - Usage de formules, d'actes manuels imitatifs et d'images,
74. - Ces méthodes de transmission se trouvent souvent réunies, 76. - Analogies
indicatives ou suggestives, 78. - Les composants du rite magique, 83. - Efficacité
attribuée au rite magique, 83. - La magie n'impliquant qu'un acte de volonté humaine,
84. – Le vœu intérieur et l'origine de la magie, 91.
Hutton Webster, La magie dans les sociétés primitives. (1952) 6
CHAPITRE IV. LE VERBE MAGIQUE : LES FORMULES.
Puissance occulte de la parole, 96. - L'incantation purement jaculatoire, 96. -
Personnification verbale, 98. - Langage cryptique ou archaïque des incantations, 99. -
Leur mode d'émission, 100. - Efficacité conditionnée par leur répétition exacte, 101.
- Rôle des incantations dans la magie primitive, 102. -- Puissance occulte des noms de
personnes, 106. – Incantations narratives, 107. - Imprécations, 109. - Serments, 114.
- Prières, 116. - Évolution de l'incantation, 120.
CHAPITRE V. L'OBJET MAGIQUE : LES CHARMES.
Les charmes, accumulateurs magiques, 123. - Principes présidant au choix des
charmes : expériences fortuites, 123. - Charmes révélés en songe, en vision ou par un
signe particulier, 124. -Charmes employés comme spécifiques ; charmes incorporant
une puissance occulte indifférenciée, 125. - Cailloux de quartz (cristaux) et autres
pierres employés comme charmes, 125. -Reliques animales et humaines, 127. - Moyens
d'accroître l'efficacité des charmes, 129 - Conservation des charmes, 130. - Quali-
tés dangereuses attribuées à de nombreux charmes, 130. - Fabrication des charmes
par les magiciens, 134. - Charmes liés à un être spirituel ; les sacra, 135. - Fétiches
et charmes, 140. - Vogue des charmes dans certains peuples primitifs, 140.
CHAPITRE VI. LES MAGICIENS.
Particularités physiques indiquant le magicien-né, 145. - Vieilles gens douées
d'une puissance occulte exceptionnelle, 146. - Condition analogue des individus ayant
connu des expériences insolites ou ayant subi divers accidents, 146. - Puissance oc-
culte attribuée aux jumeaux, 128. - Le mauvais œil, 152. - La mauvaise langue, 156. -
Particularités mentales indiquant un magicien-né, 158. - Possession de la puissance
occulte par certaines personnes ou collectivités, 161. -Les forgerons magiciens, 166.
- Puissance occulte des individus rituellement « impurs et des chefs et autres fonc-
tionnaires publics ayant caractère « sacré » 169.
CHAPITRE VII. LES MAGICIENS PROFESSIONNELS.
Hommes-médecine, 176. - Chamans, 176. - La vraie différence entre ces deux ca-
tégories, 177. -- Magiciens comparés aux prêtres, 177. - Cumul fréquent des fonc-
tions de magicien et, de chef de culte, 178. - Les profanes magiciens, 179. - Les ma-
giciennes, 182 : - Déguisement féminin et magie, 188.
Hutton Webster, La magie dans les sociétés primitives. (1952) 7
CHAPITRE VIII. COMMENT ON DEVIENT MAGICIEN.
On embrasse la profession d'homme-médecine à la suite d'un rêve, d'une vision
ou d'une autre expérience sensible interprétée comme la visite d'un esprit, 210. --
Profession de chaman attachée à la possession par un être spirituel, 202. - Les « fa-
miliers » et « auxiliaires » des magiciens, 207. - Puissance occulte des magiciens
acquise par héritage, achat ou don, 208. - Initiation rituelle des hommes-médecine
et chamans, 213. - Portée des rites initiatiques, 221.
CHAPITRE IX. LES POUVOIRS DES MAGICIENS.
Restrictions observées par les magiciens pour conserver leur puissance occulte,
227. - Acquisition d'une puissance occulte spéciale par nécrophagie ou inceste déli-
béré, 231. -- Magiciens thaumaturges, 232. - Métamorphoses animales, 231. - Pouvoir
de volonté, 238. - Costume et équipement des magiciens, 241 – séances publiques,
244. - Concours publics, 250. -- Rémunération, 251.
CHAPITRE X. LES FONCTIONS DES MAGICIENS.
Rôle important, des hommes-médecine et des chamans dans les communautés
primitives, 260. - Ce qu'il devient après leur mort, 266. - Cumul des fonctions magi-
ques et gouvernementales, 269. - Magiciens spécialistes, 275. - Associations de ma-
giciens de caractère souvent secret, 276.
CHAPITRE XI. LA MAGIE PUBLIQUE.
Magie atmosphérique : contrôle du temps et de la pluie, 282. - Ses succès, 291. -
Sort des opérateurs malchanceux, 294. - Magie de la fertilité et de la fécondité,
295. - Magie des autres domaines économiques, 299. - Magie des saisons closes et de
la protection des biens et ressources, 302. - Magie pour découvrir et punir les indi-
vidus insociables, 305. - Le rôle de la magie dans les opérations guerrières, 308. -
Magie aversive destinée au bien commun, 312.
CHAPITRE XII. LA MAGIE PRIVÉE.
Magie érotique, 317. - Protection de la propriété privée au moyen de charmes et
d'incantations, 325. - Conception primitive de la maladie, 329. - Explications de la
maladie ; sorcellerie, 329. -- Diagnostic du « médecin », 330. - Maladies que ne traite
pas le médecin, 330. -- Maladie et esprit de la maladie, 331. - Mesures thérapeuti-
ques ; la succion, 332. -- Place de la supercherie dans le traitement, 333. - Exorcis-
me des esprits de la maladie, 334. - Possession ordonnée à des fins curatives, 335. -
Transfert d'une maladie à un objet inanimé, un animal ou un « bouc émissaire » hu-
main, 337. - Chasse aux âmes, 338. - Sort du praticien malchanceux, 339. - Spéciali-
sation médicale, 340. -- « Empiriques », 341.
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CHAPITRE XIII LA SORCELLERIE.
Nature, 344. - Sorcellerie locale et sorcellerie étrangère, 344. - Sorciers proté-
geant leur propre groupe contre la magie noire du dehors, 346. -- Sorciers opérant
contre leur propre groupe, 347. - Distinction fréquente entre magicien blanc et ma-
gicien noir, 349. - Cumul des deux activités par le même magicien, 350. - Raisons
d'embrasser la carrière de sorcier, 351. - Méthodes et techniques du sorcier, 352. -
Moyens spécialisés pour la pratique de la sorcellerie, 354. - Missions d'animaux, 360.
- Êtres spirituels au service des sorciers, 363. -Emploi de poison par les sorciers,
364.
CHAPITRE XIV. LA SORCELLERIE IMAGINAIRE.
Sorcellerie imaginaire, 368. - Sorciers imaginaires (Australie, Nouvelle-Guinée,
Mélanésie, Cambodge, Chota Nagpur, Madagascar, Afrique), 368. - Pratique africaine
de l'autopsie pour découvrir la puissance maléfique, 378. - Sorciers imaginaires chez
les Amérindiens du Nord, 380. - Traits essentiels de la sorcellerie imaginaire, 383. -
Forme particulière de la sorcellerie imaginaire répandue en Australie, en Mélanésie
et attestée sporadiquement en Indonésie, Afrique et Amérique, 384.
CHAPITRE XV. LES MOYENS DE DÉFENSE CONTRE LA SORCELLERIE.
Moyens prophylactiques et défensifs contre la sorcellerie, 398. - Précautions
concernant la magie exuviale maléfique, 399. - Annulation de l'opération par le sor-
cier lui-même, 401. - Contre-magie à l'adresse du sorcier, 402. - Effets de boome-
rang de la magie noire, 404. - Recours à la divination pour découvrir le sorcier coupa-
ble, 405. - Confessions de sorciers, 410. - Ordalies africaines pour la détection des
sorciers, 411. - Le dépisteur de sorciers africain et ses méthodes, 411. - Punition du
sorcier convaincu, 416. - Aspects antisociaux de la croyance à la sorcellerie, 418. -
Paralyse le progrès culturel, 420. - Instrument d'ordre social, 424. - La croyance à
la sorcellerie est souvent une « névrose anxieuse » plutôt qu'une religion vivante,
430.
CHAPITRE XVI. LA FOI À LA MAGIE.
Croyance enracinée à la magie, surtout noire, chez de nombreux peuples primi-
tifs, 433. - Cas sporadiques de scepticisme à l'égard de la magie, 434. - Le magicien
n'est pas un simple charlatan, 436. - Mais ses démonstrations comportent une impor-
tante proportion de supercherie et d'illusion, 438. - Justifications apportées pour
les échecs, 441. - Les coïncidences appuient la croyance à la magie, 442. - Suggestion
dans les rites curatifs et dans la pratique de la sorcellerie, 445. -Thanatomanie, 445.
- Comment expliquer que la magie ne soit pas plus facilement éventée, 448.
Hutton Webster, La magie dans les sociétés primitives. (1952) 9
CHAPITRE XVII. LE RÔLE DE LA MAGIE.
La magie, pseudo-science, 452. - Représente toujours un appoint aux routines de
la vie quotidienne, 452. -- Utilité sociale de la magie, 453. - Découvertes intellectuel-
les dues à des magiciens, 454. - Magie et médecine, 455. - Magie et beaux-arts, 456.
- Magie et origines de la parure, 457. - Peuples primitifs peu touchés par la magie,
457. - Résistance des croyances et des pratiques magiques, 459. - Leur affaiblisse-
ment progressif, 460. -La Magie, une des grandes aberrations de l'humanité, 463.
Hutton Webster, La magie dans les sociétés primitives. (1952) 10
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Hutton Webster
La magie dans les sociétés primitives.
PRÉFACE
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La magie et le tabou viennent en tête des croyances et des pratiques sans fon-
dement qui s'imposent à l'histoire de la psychologie humaine. L'attitude positive de
la magie s'oppose à l'attitude négative du tabou. Il y a magie, par exemple, lorsque le
chef tonga, grâce à sa richesse en mana, guérit l'un de ses sujets malades en le tou-
chant du pied ; mais c'est un tabou qui interdit au chef maori de gratter sa tête
sacro-sainte sous peine d'altérer ou de perdre sa sainteté en la communiquant à ses
doigts, qui sont moins sacrés. Dans les îles Samoa, le propriétaire qui protège sa
plantation au moyen d'un signe de Défense indiquant la présence d'une charge de
mana pose un acte de magie ; en revanche, la Défense elle-même est un tabou dont la
force réside dans la crainte qu'a le voleur possible d'être foudroyé par la puissance
fatale attachée au signe. On voit d'ores et déjà que magie et tabou reposent sur la
notion d'une puissance occulte impersonnelle. Il y a moyen d'utiliser l'influence bé-
néfique de cette puissance à condition, pour l'opérateur, de s'entourer des précau-
tions voulues ; on peut, d'autre part, se soustraire à son influence maléfique en pre-
nant des mesures d'isolement et d'isolation.
John H. King fut le premier à dégager la portée de cette conception dans les
deux volumes de son livre, The Supernatural : its Origin, Nature and Evolution (Lon-
don et New York, 1892). La belle tenue, la rigueur et l'information considérable du
travail ne suffirent pas à lui mériter l'attention des contemporains. À vrai dire,