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CHEIKH TIDIANE SY
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Pour Cheikh Tidiane SY, la force de l’Islam en r--,
Afrique Noire est d’avoir su respecter les particula-
11suies ethniques. £ F’W 1 &
Prenant l’exemple des Wolof du Sénégal, l’auteur
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de « La confrérie sénégalaise des Mourides » montre m
comment, malgré la vivacité de leurs traditions, ils
n'ont pas pu résister à l’islamisation. La réponse des :
:
Wolof à l’Islam a été plutôt de lui faire subir des
*
transformations sociologiques, de le réinterpréter en i l \
fonction des dynamismes propres à leur société. C’est
li) toute l’essence du mouridisme dont l’auteur fait la CONFRERIE
LA
genèse socio-culturelle, avant de l’analyser dans la
conjoncture politique et économique du Sénégal.
Pour Cheikh Tidiane SY, alors que le « bam-
hlsme » a été une voie simple, originale, ayant
exprimé le mieux les aspirationset le besoind’identité i SÉNÉGALAISE DES
culturelle des Wolof, le mouridisme d’aujourd’hui se \m
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présente et c’est le moins qu’on puisse dire
sous le signe de l’ambiguïté.
MOURIDES
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b PRESENCE AFRICAINE
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CHEIKH TIDIANE SY
LA CONFRÉRIE
SÉNÉGALAISE
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DES MOURIDES
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Un Essai sur l'Islam
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au Sénégal
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PRESENCE AFRICAINE
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A Léopold Sédar SENGHOR
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en témoignage de ma respectueuse
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©Présence Africaine,1969.
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AVANT-PROPOS
Quand, en 1964, j’ai entrepris, étant alors élève à l’Ecole des
Hautes Etudes (6e section) d’étudier les rapports entre l’Islam
et le développement économique et social en Afrique Noire, je
n’avais nullement pensé que je serais, un jour, amené à consa¬
.
crer mon premier travail à la confrérie des mourides du Sénégal
C’est que l’Afrique Noire est grande, l’étude que je me pro¬
posais de réaliser nécessite des moyens que je n’avais pas du
tout soupçonnés. Et c’est finalement sur les conseils d’un de
mes professeurs que je décidais de me consacrer entièrement au
Sénégal, plus particulièrement aux musulmans mourides dont
la confrérie est des plus fascinantes, en Afrique Occidentale.
L’entreprise me parut, tout de suite, difficile car comment
un Sénégalais comme moi, appartenant à la famille des Tidjanes,
ayant vécu de préjugés à l’égard de tout ce qui ne touchait pas
à sa communauté religieuse, allait-il aborder une étude qui exige
la rigueur et l’objectivité ?
Nous n’avons nullement le droit de le nier : ce qui nous tue
souvent ce sont nos propres déterminismes et n’eût été. en ce
qui me concerne, la rigueur et l’intransigeance intellectuelles
du Professeur Henri Desroche qui m’a initié à la recherche,
Ml j’aurais abordé ce travail avec l’idée que les mourides n’étaient
* rien d’autre que des hérétiques. Qu’Henri Desroche soit donc
remercié, ici, pour m’avoir guidé, avec sa vigilance habituelle ;
V à ce titre et pour les autres, qu’il reçoive ici mes sentiments de
« .
reconnaissance et de gratitude
J’associe à ces remerciements les Professeurs Von Grunebaum
I
III
I
10 LA CONFRÉRIE SÉNÉGALAISE DES MOUR1DES
et Paul Proehl, respectivement Directeurs de Near Eastern Cen¬
ter et de l’African Studies Center de l’Université de Californie,
Los Angeles, pour m’avoir aidé, pendant deux ans, à parfaire
ma formation ; le Professeur Vincent Monteil pour les nom¬
breuses et amicales discussions que nous avons eues ensemble;
le chercheur sénégalais Pathé Diagne pour les encouragements ;
qu’il n’a cessé de me prodiguer; le khalife général des mou-
rides, Falilou M’Backé, pour l’intérêt qu’il a toujours su porter
à ce travail et pour l’hospitalité qu’il n’a cessé de m’offrir, et
les mourides eux-mêmes sans qui cette étude n’aurait jamais INTRODUCTION !;
.
vu le jour
Je voudrais, enfin, dire ma fidèle gratitude à mon épouse,
Marième, pour avoir su supporter la vie familiale irrégulière
qui fut la nôtre tout au long de mes enquêtes et de la rédaction
de cet ouvrage. Quand Ahmadou Bamba eut la vision qui devait l’amener à
prêcher pour une nouvelle « voie » il n’avait certainement pas
pensé que cette nouvelle tariqa allait faire l’objet de tant de
Dakar, le 17 décembre 1967 curiosité, encore moins qu’on allait lui consacrer les nombreuses
C. T. S. et inégales études qui, depuis 1917, ont soulevé certains pro¬
blèmes que cette étude se propose de discuter. C’est à dessein
.
que nous disons que ces problèmes vont être discutés Tout
simplement parce qu’ils ne l’ont jamais été ou, en tout cas, pas
avec le développement qu’ils méritaient. C’est pourquoi nos
premières considérations vont aller aux différents ouvrages qui
ont, de près ou de loin, traité du mouridisme d’Ahmadou Bamba.
Ce n’est pas un simple fait du hasard si l’ouvrage de Paul
Marty, le premier en la matière, paraissait en 1917 pour traiter
de l’Islam au Sénégal en général, ou plus particulièrement de
.
l’Islam des personnalités maraboutiques (1) Les travaux de
Marty essentiellement orientés vers la « Politique Musulmane »
de l’Administration coloniale, n’étonneront certainement pas par
leur caractère « administratif ». C’est précisément ce côté admi¬
nistratif de l’ouvrage de Marty sur l’Islam sénégalais qui appelle
quelques remarques quant à la méthode et au fond.
Il apparaît très clairement aujourd’hui que Marty n’a puisé ses
informations qu’à travers les fiches sur les personnalités reli¬
.
gieuses, établies par l’Administration des Affaires musulmanes
-
Il suffit de consulter, dans les Archives Sénégalaises, les quel
(1) Cf. Bibliographie à la fin de l’ouvrage.
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(cid:127)u ,
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I
LA CONFRÉRIE SÉNÉGALAISE DES MOURIDES 13
12 LA CONFRÉRIE SÉNÉGALAISE DES MOURIDES
. .
(CHE.A.M.). Ces travaux qui sont essentiellement constitués
ques rares fiches sur ces personnalités maraboutiques pour se par les articles de Bourlon, ceux de Quesnot et les nombreuses
rendre à l’évidence des faits : Marty n’avait envisagé son étude publications de Froelich, n’apportent aucune variation ni dans
sur l’Islam sénégalais qu’en fonction de l’objectif qui était claire¬ la méthode, ni dans le fond. Et on ne saurait leur tenir rigueur
ment défini par l’Administration coloniale, objectif illustré par ! pour être entachés d’erreur dès qu’il s’est agi, par exemple,
la circulaire du Gouverneur Général W. Ponty. Il lui fallut donc, \ d’interpréter le dogme mouride ou de décrire la structure d’auto¬ i
surtout eu égard au climat politique de l’époque, faire en sorte rité et l’organisation de la confrérie i bambiste ». Par contre on
que l’Administration française trouvât une justification plausi¬ ! y voit une tendance très nette à la simplification de faits dont
ble de la politique qu’elle avait menée des années durant. Voilà la complexité invite à moins de fantaisie. Tel est en tout cas
ce qui explique les interprétations tendancieuses qu’il sut don¬ l’exemple que suggère l’ouvrage de Froelich, caractérisé par ses I
ner du mouridisme, et surtout les démêlés de son fondateur j opinions préconçues et ses idées étroites, même s’il a eu le mérite
avec l’appareil colonial. ) d’être une compilation exhaustive de la documentation existante.
Il est à—noter, par ailleurs, que si important que fût le travail Il s’agit ici d’un ouvrage dogmatique, faisant l’apologie de la
de Marty tout simplement—parce qu’il avait le mérite d’être la politique musulmane de la France et allant jusqu’à justifier des
première tentative du genre il reste très limité à la recherche thèses qui furent défendues dès 1912 par des Administrateurs
d’une action administrative destinée à endiguer ou à refouler coloniaux très peu astucieux.
l’Islum quand l’accent, quelquefois, n’était pas mis sur la lutte En effet il est à remarquer que Froelich qui, en France,
directe qu’il fallait entreprendre. 45 ans après Marty, publie son ouvrage sur les Musulmans
Mulgré tout, l’étude de Marty reste d’un intérêt considérable, d’Afrique Noire, est demeuré dans la même orientation : l’Islam
en dépit des lacunes que nous venons de signaler.Elle a permis, est opposé à lui-même ou aux peuplades dites fétichistes donc
s’iigissanl du mouridisme particulièrement, de saisir quelques réfractaires à son influence, tout cela couronné par une appré¬
aspects de son développement territorial. C’est que l’Officier ciation de l’action de l’Administration coloniale qui dénote un
dos Affaires Musulmanes s’était bien attaché, avec méthode, manque absolu d’objectivité et de rigueur scientifiques.
h dresser les effectifs de l’Islam dans chaque circonscription, pro- On ne retrouve pas les mêmes prises de position dans les tra¬
poNunt les attitudes qui devaient être celles de l’Administration vaux de Vincent Monteil, plus particulièrement ceux qu’il a
litcc à ces groupements. consacrés à ce qu’il appelle l’Islam Noir. Mieux préparé pour
f/intérêt de l’ouvrage de Marty réside également dans la confronter la documentation arabe avec la tradition orale, Mon¬
somme des informations qu’il a su réunir, notamment les diffé¬ teil s’est montré plus sensible aux réalités africaines et il est
rents renseignements puisés auprès des Commandants de Cercle, certain que ces travaux constituent, dans le domaine de l’isla-
co qui d’ailleurs fait souvent penser que ses travaux restaient mologie en Afrique Occidentale, des sources d’information pré¬
limités aux informations que ces différents Administrateurs i cieuses.
.
avaient bien voulu lui communiquer . Cependant Monteil ne nous apporte pas beaucoup dans la
Qu’on nous comprenne bien, nous ne tenons nullement rigueur critique des sources, notamment dans l’utilisation qu’il fait des
à Marty pour n’avoir pas su se détacher du milieu dans lequel i sources d’Archives. Il n’a pas su dépasser les documents dont il
« il poursuivait ses travaux. Nous voulons tout simplement mettre i disposait. Il est donc certain que ses travaux auraient pu être
l'accent sur le fait que si ces travaux ont constitué, jusqu’à une plus séduisants s’il avait fait preuve de plus d’esprit critique.
dale encore récente, l’une des principales sources sur l’Islam L’examen attentif de l’ouvrage l’Islam Noir appelle un certain
sénégalais, on ne les a jamais abordés avec la prudence que i nombre de considérations : les données qui feraient de cet Islam
nécessitent tous les travaux de ce genre. î d’Afrique Noire un Islam « noir » ne sont pas si évidentes que
C’est dans ce même ordre d’idées qu’il nous faut aborder les le titre de l’ouvrage voudrait le faire croire. Cela ne veut nulle-
lruvaux du Centre des Hautes Etudes pour l’Afrique et l’Asie I
I
I
14 LA CONFRÉRIE SÉNÉGALAISE DES MOURIDES LA CONFRÉRIE SÉNÉGALAISE DES MOURIDES 15
ment dire que nous ne sommes pas d’accord avec l'hypothèse de méthode historique et l’analyse sociologique,se propose de pous¬
'1 ser une pointe dans notre connaissance de l’Islam au Sénégal.
Monteil, car rien n’est plus évident, du moins dans la sphère
Pour ce faire, nous avons choisi d’étudier l’une des confréries
i qui nous concerne, que les Nègres ont apporté, dans leur adhé¬ .
les plus représentatives de cet Islam sénégalais : les mourides
sion aux religions révélées, toute leur propre expérience morale
J et spirituelle. Mais la vraie question, aujourd’hui, n’est plus de Représentative-est effectivement la confrérie mouride par le
t l’affirmer. Il s’agit de le démontrer et pour ce faire, l’historien processus socio culturel par lequel ellefit,au 19'siècle, son appa¬
rition; représentative de l’Islam sénégalais dans la mesure où
il a besoin de faire appel à d’autres disciplines dites auxiliaires
. les conditions historiques de sa naissance avaient déterminé
comme l’anthropologie par exemple
(cid:127)* Un autre élément de réflexion critique réside dans le processus déjà sa continuité dans le cadre de l’évolution de la pensée
. musulmane au Sénégal. On ne l’aura pas assez dit, l’avènement
I* d’islamisation qui aurait été celui des Wolof du Cayor Les
ll« Wolof, selon Monteil, auraient été acquis, en masse, à l’Islam d’Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme, a été détermi¬
M vers la fin du 19' siècle. Pourquoi ne pas dire vers 1912? En mnaennttddaenssWleolmofo.uCve’emstenàt cde’itstelamhiisstaotiiroensaouciaSléenédgeaslmetousirnidgeuslièqruee¬
vérité le problème le plus important, chez les Wolof du Cayor
nous consacrons la première partie de cet ouvrage.
confrontés à l’Islam, est la nature et l’intensité des conflits qui
ont opposé, tout au long de l’histoire des damel, les premières La deuxième partie a trait aux événements dont nous som¬
communautés musulmanes et la hiérarchie politique dominante. mes les témoins, événements que nous essayons de reconstruire,
Il convient également de souligner que l’Islam n’est pas actuel¬ non sous la forme d’une mosaïque de « choses vues », mais de
lement caractérisé, au Sénégal tout au moins, par les réponses faits analysés et expliqués. C’est ainsi que le mouridisme est
qu’il peut fournir au développement des langues africaines ou situé dans la conjoncture politique et économique sénégalaise,
à l’élaboration du socialisme. Ces questions relèvent d’une poli¬ plus précisément dans le processus de « modernisation des
tique et d’une volonté, bien sûr, de réaliser cette option. Le hommes » pour reprendre l’expression de Fougeyrollas.
problème à poser serait, plutôt, celui-ci : dans quelle mesure Cet ouvrage ne prétend nullement donner de réponses abso¬
une certaine tradition islamique, très caractéristique de la société lues à toutes les questions posées par l’existence de cette tradi¬
sénégalaise, répond aux aspirations profondes de changement tion à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure. Il aurait
des masses paysannes, victimes d’hier et d’aujourd’hui? d’ailleurs perdu son sens si son objectif en était ainsi. Ce dont
Les remarques qui précèdent n’enlèvent rien à l’intérêt il s’agit, en fait, et plus modestement, c’est d’une tentative pour
des travaux de Monteil, sur l’Islam sénégalais particulièrement. saisir les lignes d’évolution de cet Islam sénégalais face aux exi¬
Il est donc certain que c’est avec lui que nous devons engager gences de la mutation qui s’opère dans la société sénégalaise. Il
lo débat, en nous dégageant de tout ce qui jusqu’à présent, a pu, s’agit, plus précisément, à travers l’étude de la confrérie des
dans ce domaine, être plutôt source de confusion que de clarté mourides, de mettre en évidence les quelques directions de
et d’intelligibilité pour la connaissance de l’Islam d’Afrique recherche sur l’Islam sénégalais. C’est pourquoi nous examinons,
.
Noire en général tour à tour, les différents aspects du développement du mouri¬
Pour en venir aux préoccupations qui ont guidé notre propre disme et sa position dans la nation sénégalaise, aussi bien pen¬
travail, disons tout d’abord, qu’il ne s’agit nullement d’une apo¬ dant l’époque coloniale que dans la période actuelle.
logie de l’Islam, car ce serait tomber dans les erreurs que nous Nous nous sommes attaché à demeurer loin des schémas pré¬
dénoncions tout à l’heure s’il fallait, à l’opposé du mythe d’une
conçus, mais suggérant chaque fois, que l’évolution du mouri¬
t Politique musulmane bienfaisante », procéder à l’élaboration disme ne soit pas dissociée de l’évolution générale de la société
dte’lulenepeprrsoopnangaalnitdéedeenl’fIaslvaemursdéneéglaalariesl.igNioontremutrsauvlamilaneestoauvadnet sénégalaise. En effet notre idée est que- si le mouridisme ren¬
ferme de grandes contradictions, celles ci sont essentiellement
tout une investigation d’islamologie qui, s’appuyant sur la
16 LA CONFRÉRIE SÉNÉGALAISE DES MOURIDES
s
liées au développement des institutions sociales et politiques m/:
du Sénégal. t
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Au terme de cette introduction, osons le dire, le mouridisme
i
ne nous est jamais apparu comme un phénomène archaïque,
anti-progressiste, ou fixiste. Il ne nous est pas non plus apparu 4:
comme la société idéale, imbue de compassion mutuelle où m
. (
tous les hommes vivaient dans l’entente et l’entraide Il a su
forcer notre admiration, notre sympathie, comme il a su soule¬ * yj
ver nos réserves et nos irritations. Notre seul mérite aura été - iS#,
de pouvoir livrer, ici, les quelques réflexions que nous a sug¬ m& Va
gérées notre « aventure » avec, d’ailleurs, la ferme conviction « 14 SS
que celle-ci ne fait que commencer. (cid:127)r - ?» vvW
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Troisième khalife général des mourides
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(photo Hadj B. Wade)
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CHAPITRE PREMIER
L’ISLAM DANS L’AFRIQUE NOIRE
MÉDIÉVALE
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1
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UISLAM DES PRINCES DE L’ÉLITE
!
»
Le processus d’islamisation de l’Afrique ne peut être dissocié
de l’histoire sociale des grands empires que l’Afrique a connus.
Dès le XXs siècle, Al Bakri note que l’Islam règne chez les habi¬
tants du Tekrour. « Ouardiabi, fils de Râbis, écrit-il, étant de¬
venu leur souverain, embrassa l’islamisme, introduisit chez eux
la loi musulmane et les décida à s’y conformer, après leur avoir
. -
fait ouvrir les yeux à la vérité Il mourut en l’an 432 (1040
1041 de J.C.). Aujourd’hui, les habitants du Tekrour profes¬
i
] sent l’islamisme. » (1>
Au Ghana où dans « la ville du souverain, non loin du tribu¬
j
(cid:127) nal royal, est une mosquée où les musulmans qui viennent rem¬
[ plir des missions auprès du prince se rendent pour faire leur
prière » (2), Al Bakri note des faits qui témoignent d’une islami¬
-
sation bien superficielle. En effet « la ville du roi, écrit il, est
- ,
(1) AL BAKRI, (Abou Obeid), Description de l’Afrique Septentrionale i
Paris, Librairie Maisonneuve, 1965, traduction de Slane, 324.
(2) AL BAKRI, 328.