Table Of ContentABRÉGÉ
DE
GEOLOGIE
PAR
BRUXELLES. PARIS.
ALEX. JAMAR, ÉDITEUR, Ve L. MATHIAS (AUGUSTIN),
RUE DBS MINIMES. 45, QIAI MALAQUAIS,
1853
IDÉE DE LA STRUCTURE DE L'ÉCORCE SOLIDE DE LA TERRE
INDICATIONS DES TERRAINS
OBSERVATION PRÉLIMINAIRE.
Lorsque je publiai, en 1831, la première édition de mes
Éléments de géologie, je réclamai l'indulgence du public pour
un travail fait à la hâte dans des moments dérobés à des obli
gations qui absorbaient tout mon temps. On apprécia, sans
doute, cette considération, car ce livre fut accueilli avec une
bienveillance que j'étais loin de prévoir, et dans laquelle j'ai vu
une espèce d'injonction de conserver le plan et le fond de mon
premier travail dans les éditions qui ont paru en 1835, 1839 et
1843. J'aurais dû m'arrêter là, d'abord parce que la science
continuant à marcher, c'était peut-être une transformation com
plète plutôt qu'une simple révision que nécessitait mon ouvrage;
d'un autre côté, mon âge qui s'avançait rapidement, et l'obliga
tion qui me fut encore imposée de m'occuper de questions
sociales, me faisaient un devoir d'abandonner l'idée de repro-
ABRÉGÉ DE GÉOLOGIE. 1
duire un ouvrage de géologie. La confiance de quelques amis,
un peu de faiblesse de ma part, ont été cause que mon nom
s'est trouvé inscrit dans le prospectus de l'Encyclopédie, éditée
par M. Jamar, et, après avoir hésité longtemps, il a fallu s'ac
quitter de ce qui paraissait être une promesse. Je me suis donc
décidé à réclamer l'indulgence des lecteurs de l'Encyclopédie;
et ensuite, entraîné par la bienveillance de quelques personnes
qui me témoignaient le regret que mon précis ne fût pas en
rapport avec les progrès que la science a faits depuis dix ans,
j'ai fait tirer quelques exemplaires au delà de ceux destinés à
l'Encyclopédie, et j'y ai réintégré quelques notions de géogra
phie et de minéralogie, parties qui ont été traitées dans l'Ency-
clopédie par d'autres auteurs. Toutefois comme le cadre de cette
entreprise m'avait déjà obligé de resserrer la géognosie et la
géogénie plus encore que dans le précis, je reproduis la pré
sente publication sous le titre d'abrégé.
Je répéterai donc ici, et à plus forte raison, que la nature
restreinte de ces ouvrages ne m'a pas permis d'y traiter la partie
historique et m'a forcé de m'abstenir de citer les noms des
savants qui ont rendu des services à la science. Je n'ai fait, en
conséquence, de citations de ce genre que dans les cas où elles
étaient nécessaires pour l'intelligence du sujet, ou lorsqu'une
observation ou une idée ne doit être présentée que sous la
responsabilité de son auteur : de sorte que les personnes dont
les travaux sont reproduits dans ce livre sans l'indication de
leurs noms, bien loin de voir dans cette omission l'envie de
diminuer leur mérite, devront être convaincues qu'elle n'est
motivée que par l'opinion que ces travaux ou ces idées sont
généralement considérés comme définitivement acquis à la
science.
D'un autre côté, je dirai que si, au lieu de présenter toujours
des descriptions générales de chaque terrain, j'ai donné souvent
des descriptions particulières de localités prises pour exemples
de ces terrains, c'est que cette marche a l'avantage d'être indé
pendante des classifications, qui varient avec les progrès de la
science. On conçoit, en effet, par exemple, qu'une description
exacte de Kœnigstein, placée au chapitre du terrain jurassique,
sera toujours utile, quoiqu'il soit reconnu maintenant que cette
localité appartient au terrain crétacé, tandis qu'une description
des grès liasiques, où l'on aurait confondu, d'après l'opinion reçue
il y a trente ans, les caractères du grès de Kœnigstein avec
ceux du grès de Luxembourg, bien loin d'être de quelque utilité,
serait au contraire une source d'erreurs.
DE LA GÉOLOGIE
EN GÉNÉRAL.
La géologie ou science de la terre, prise dans la plus grande
extension qu'on lui donne, a pour but de faire connaître celles
des propriétés de cette planète que l'inaccessibilité des autres
astres ne nous permet pas d'étudier dans ceux-ci. Cette étude
pouvant être envisagée sous cinq points de vue, selon qu'elle
s'occupe de la configuration de la surface de la terre, de la
nature des matériaux qui la composent, de l'arrangement de
ces matériaux, des phénomènes qui se passent dans l'enveloppe
gazeuse de la terre, et de ceux qui agissent ou qui ont agi depuis
les temps les plus reculés sur ses matériaux, liquides et solides ;
la géologie, ainsi entendue, se compose de cinq branches qui
correspondent en tout ou en partie aux cinq sciences que l'on
désigne par les noms de géographie, de minéralogie, de géo-
gnosie, de météorologie et de géogénie. Trois de ces sciences,
la géographie, la minéralogie et surtout la météorologie, sont sou-
1.
vent considérées comme indépendantes, de sorte que nous ne
nous occuperons point de cette dernière ; cela nous donnera donc,
pour le présent ouvrage, une division en quatre livres, à la suite
desquels nous en ajouterons un cinquième sur la géologie spé
ciale de la Belgique 1.
1 Pour que l'on puisse se rendre raison de la manière dont je définis et je limite
la géologie, il est bon que je rappelle ici ma classification des connaissances
humaines en général et des sciences naturelles en particulier.
Je considère ces connaissances comme pouvant se rapporter à cinq buts princi
paux, savoir :
1° Calculer le nombre, les dimensions, la force, le mouvement ou la valeur des
choses : ce sont les sciences mathématiques ;
20 Connaître les phénomènes et les corps de la nature : ce sont les sciences na
turelles ;
5° Appliquer la connaissance de la nature et du calcul à l'avantage ou au
plaisir de l'homme : ce sont les arts ;
4° Connaître l'état et les actes des sociétés humaines et établir des règles pour
les maintenir et les améliorer ; ce sont les sciences sociales ;
5° Développer et employer la faculté d'exprimer des idées de manière à aug
menter les avantages ou le plaisir que l'homme peut en retirer : c'est la litté
rature.
Subdivision des sciences naturelles — Les phénomènes et les corps natu
rels sont le résultat de diverses forces, dont l'une, nommée vie, se distingue par
la propriété de produire des corps pourvus de parties appelées organes, d'où ces
corps sont désignés par l'épithète d'organiques, tandis que l'on nomme corps
inorganiques ou corps bruts les produits des autres forces que l'on peut appeler
physiques par opposition aux dénominations de forces physiologiques ou biologiques
que l'on donne aussi à la vie. Nous distinguons, en conséquence, dans les sciences
naturelles, deux grandes divisions, dont l'une a pour objet l'étude des phéno
mènes et des corps inorganiques, l'autre celle des phénomènes et des corps orga
niques; d'où nous les désignons par les noms d'inorganomie et d'organomie.
Subdivision de l'inorganomie. — On peut aussi subdiviser l'inorganomie en
deux branches selon qu'elle étudie d'une manière abstraite les forces inorgani
ques en général, ou qu'elle est appliquée à faire connaître les propriétés dont
jouissent les corps inorganiques en particulier. Chacune de ces branches peut
encore se subdiviser en deux sciences spéciales, savoir : la physique, qui a pour
objet les phénomènes qui ne changent pas sensiblement la nature des corps; la
chimie, qui traite des phénomènes qui changent celte nature; l'astronomie, qui
s'occupe d'une manière générale des grandes masses qui errent dans l'espace; et
la géologie, qui recherche d'une manière plus spéciale, dans celle de ces masses
que nous habitons, les propriétés que l'inaccessibilité des autres ne nous permet
pas d'y étudier.
LIVRE Ier.
DE LA GÉOGRAPHIE.
L'étude de la configuration de la surface de la terre peut être
envisagée sous le rapport des divisions que les diverses positions
de cette planète, à l'égard du soleil, permettent d'y établir, sous
celui du relief de son écorce solide et sous celui des eaux qui se
trouvent sur cette écorce; d'où la géographie se subdivise en
astronomique, orographique et hydrographique.
CHAPITRE Ier.
GEOGRAPHIE ASTRONOMIQUE.
Il était important pour l'étude de la surface de la terre, sur
tout pour parvenir aux moyens de représenter graphiquement
la position des lieux, ainsi que pour se diriger dans les parties
de cette surface que l'on ne connaît pas ou qui sont dépourvues
de signes distinctifs ; il était important, disons-nous, d'avoir un
moyen de division qui réunît le double avantage de pouvoir s'ap
pliquer à toute la terre sans avoir besoin d'en faire l'explora
tion, et de permettre, à un observateur qui se trouve sur un
point quelconque, de pouvoir déterminer la position de ce point
par rapport à la division générale dont il s'agit. Or l'astronomie
permet d'atteindre ce but ; car cette science donnant les moyens
de déterminer la position d'un point quelconque du ciel, il ne
s'agit, pour déterminer la position d'un point de la terre, que
de chercher les rapports de la sphère céleste avec la surface de
la terre, ou, comme on dit en géographie, avec la sphère ter
restre.
Or, la sphère céleste ayant le même centre que la sphère ter
restre, on aperçoit tout de suite que les plans des grands cercles de
la sphère céleste passant par le centre de la terre, les points où
ces plans coupent la surface du globe y décrivent aussi des grands
cercles correspondants à ceux de la sphère céleste. On peut égale
ment considérer les petits cercles de la sphère céleste comme
les bases de cônes qui ont leurs sommets au centre de la terre,
et alors les points où ces cônes coupent la surface du globe dé
crivent sur celle-ci des cercles qui ont les mêmes positions rela
tives que ceux de la sphère céleste. De cette manière on trans
porte sur la sphère terrestre, non-seulement l'équateur,
l'écliptique, les tropiques et les cercles polaires, mais aussi
les parallèles et les cercles horaires, que l'on nomme respective
ment cercles de latitude et cercles de longitude ou méridiens
terrestres, parce que les coordonnées que l'on appelle déclinaison
et ascension droite sur la sphère céleste se nomment latitude et
longitude sur la sphère terrestre.
La latitude d'un lieu est donc sa distance à l'équateur me
surée sur un grand cercle perpendiculaire à ce dernier, c'est-à-
dire sur un méridien ; ou, en d'autres termes, l'angle formé par
deux rayons partant du centre de la terre et aboutissant, l'un au
lieu dont il s'agit, l'autre à l'équateur. On compte la latitude à
partir de l'équateur, de sorte qu'on la distingue en australe et
boréale, et que les pôles forment le 90e degré de latitude de
chaque hémisphère.
La longitude est l'arc de l'équateur compris entre le méri
dien du lieu et celui d'un autre lieu déterminé que l'on prend
pour premier méridien, ou, en d'autres termes, l'angle formé par
les plans de ces méridiens. Comme il est plus facile pour les
astronomes de faire leurs calculs en prenant pour point de
départ le méridien du lieu où ils font leurs observations, on n'a
pu s'entendre pour l'adoption d'un premier méridien uniforme ;
et la plupart des nations comptent la longitude à partir du méri
dien de leur principal observatoire. On a cependant proposé et
quelques peuples ont adopté comme premier méridien commun,
celui passant par l'île de Fer, l'une des îles Canaries. Du reste,
on est assez généralement dans l'habitude de compter la longitude
de chaque côté du premier méridien, en la désignant par l'épi—
thète d'orientale ou d'occidentale, de sorte que chaque hémi-
Description:le plus grand des cours d'eau connus : l'Amazone ou Mara- non. Ce fleuve, qui se jette dans l'océan Atlantique, a un bassin immense et compte, parmi ses affluents, des cours d'eau très- considérables ; tels sont le Rio-Negro, l'Yapura, le Napo, le. Tunguragua, le Huallaga, l'Ucayale, la Madeira,